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Représentation animale et bestiaire

Tout un symbole !

Sculptés, peints ou même érigés au rang de héros littéraires, au Moyen Âge, les animaux sont partout. Peu considérés durant l’Antiquité, ils deviennent alors un objet d’étude et d’attention.

L’animal au cœur de l’art médiéval

Dans l’art médiéval, animaux réels et imaginaires se côtoient. Cette coexistence entre licorne, dragon ou chimères et animaux familiers (Cl. 17745b) traduit le goût des hommes pour le merveilleux et le fabuleux.
Les sources bibliques sont omniprésentes dans les domaines artistique et scientifique. Partout, dans les manuscrits ou le décor monumental, apparaissent les animaux mentionnés dans la Bible : le serpent de la Genèse (Cl. 10754), le bœuf et l’âne de la Nativité (Cl. 11144), le coq, figure de veilleur et du temps qui passe (Cl. 17931)… Dans ces représentations, la nature porte un discours moral. À chaque animal est associée une signification chrétienne.
Certains sont même utilisés comme symbole de la divinité à l’image de la colombe, que l'on retrouve dans les symboles eucharistiques (Cl. 1957) ou de l’agneau (Cl. 1362). Ils sont associés à des saints, quand ils ne deviennent pas eux-mêmes des saints comme le saint lévrier Guinefort. À l’opposé, l’animal peut devenir une figure du diable ou de son culte.
Et si les représentations peuvent parfois sembler peu naturalistes, on y verrait à tort un défaut d’observation. Longtemps, l’homme du Moyen Âge a distingué le réel, qui est de l’ordre du physique, et la vérité, d’ordre métaphysique. Les représentations conventionnelles, plus "simples" et stylisées dominent souvent parce qu’elles sont considérées comme plus proches de la vérité. Une crinière suffit à évoquer le lion, le cerf s’identifie à ses seuls bois ou encore le chameau à sa bosse. Ces attributs permettent de les reconnaître facilement, par exemple sur les carreaux de dallage (Cl. 18223).

Des influences multiples

Ce sont dans des sources multiples que les artistes médiévaux puisent des modèles de représentation des animaux. Les motifs de figures d’animaux affrontés (Cl. 18925 b) traduisent l’influence de l’art antique.
Les cultures orientales elles aussi ont nourri le Moyen Âge par leurs croyances. Le griffon (Cl. 11788) ou le phénix (Cl. 21858 a) apparaissent d’abord chez les auteurs orientaux comme Dioscoride ou Galien.
Légendes celtiques, vikings ou northumbriennes ont également nourri l’imaginaire des hommes du Moyen Âge. Les cultures nordiques païennes transmettent à l’Occident chrétien des éléments de représentation comme les entrelacs, les enroulements ou les rinceaux, toujours présents dans l'art roman. On retrouve ce motif, dans lequel s'ébattent des animaux, à l'abbaye de Saint-Denis (Cl. 19576), l'un des premiers chantiers gothiques.
Ces influences passent aussi dans les textes médiévaux traitant des animaux réels et imaginaires. La représentation animale y est souvent allégorique, matérialisant un sens spirituel ou moral, une qualité ou un sentiment. Ces ouvrages ne sont pas destinés à fournir une liste exhaustive des animaux connus et des savoirs scientifiques qui s’y rattachent. Ils proposent plutôt un enseignement spirituel, qui s’appuie sur le comportement animal pour mieux évoquer l’homme et l’ordre divin.

L’animal, support de discours

Dans les bestiaires

Loin de recenser l’ensemble des espèces identifiées, les bestiaires se concentrent sur un nombre restreint d’animaux qui peuplent ensuite tout l’imaginaire médiéval. Les valeurs et symboles attribués aux animaux n’y sont pas univoques. Par exemple, la licorne, animal malfaisant selon certains textes bibliques, peut devenir le symbole du Christ et de l’Incarnation (Cl. 13093). La culture courtoise utilise ainsi abondamment, à la fin du Moyen Âge, le lion, la licorne, le singe ou la sirène pour évoquer les valeurs qu’elle véhicule. C’est à cette époque et dans ce contexte que sont tissées les tapisseries de La Dame à la licorne (Cl. 10831 à 10836).

Dans les armoiries

Dès le 12e siècle, les animaux apparaissent également dans les armoiries qui commencent à se répandre dans le monde aristocratique. Grands mammifères et oiseaux permettent d’identifier le camp des combattants. Jusqu’au 15e siècle, c’est le lion qui est le plus présent comme dans cette céramique hispano-mauresque du 15e siècle (Cl. 7647). Peut-être son succès est-il lié à l’importation de tissus et d’objets d’art d’Espagne et d’Orient, sur lesquels ce motif est récurrent (Cl. 8680.2).
Mais comme souvent, il existe dans la symbolique médiévale un bon et un mauvais lion. Pour préserver l’image du bon lion, le 12e siècle crée un "presque lion", le léopard, qui endosse ses aspects négatifs. Le léopard héraldique (Cl. 20367) se distingue du lion par sa position particulière : la tête de face et le corps horizontal (Cl. 21583).
D’autres animaux s’inscrivent aussi dans ou autour des armoiries, comme le cerf (Cl. 15351) ou les oiseaux (Cl. 1685). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, animaux chimériques et monstres sont peu utilisés sur les écus, à l’exception de la licorne, qui fait une discrète apparition aux 14e - 15e siècles.
Au lion est souvent opposé l’aigle comme dans ce crosseron en ivoire (Cl. 13066), selon un schéma venu de l’Antiquité. L’aigle, symbole de l’empire, affrontait alors le lion, attribut des adversaires des Romains. On retrouve donc souvent l’aigle / faucon, présent dans le monde germanique dès le Haut Moyen Âge sur des pièces d'orfévrerie découvertes dans des sépultures (Cl. 3479 et 3480). Ce motif est ensuite repris jusqu'à la fin de la période médiévale (Cl. 3292).

Dans les satires et la littérature profane

Dans les œuvres satiriques, l’animal est le reflet de l’homme et de ses comportements. C'est ainsi qu'il faut comprendre sa présence dans plusieurs stalles provenant de l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais (Cl. 19601 et suivantes). L’homme se révèle à lui-même par l’intermédiaire de l’animal, via les allégories ou les imitations. Comme dans les fables, le Roman de Renart (fin du 12e – 13e siècles) reprend ce principe. Satire sociale, voire politique, il adopte un point de vue très cynique sur les comportements humains.
La littérature médiévale utilise également les animaux comme motif poétique ou ressort narratif. Ainsi, l’oiseau, présent dans les tapisseries millefleurs (Cl. 2178 à 2183) est tantôt messager ou représentant de l’amour, tantôt symbole du renouveau de la nature. Rencontrer un animal dans un récit peut également être l’annonce d’aventures ou d’un phénomène surnaturel, comme dans l'histoire d'Helias (Cl. 375).

Du motif ornemental à l’observation directe

À l’époque romane, enlumineurs et artistes représentent les animaux tels qu’ils sont décrits dans les bestiaires, sans rapport avec la réalité observée. L’animal est utilisé à des fins ornementales, sur un encensoir par exemple (Cl. 12091). Il joue un rôle de support. En position accroupie, assise ou couchée, l’animal soutient sièges, mobiliers, reliquaires… rappelant ainsi sa position inférieure. Les contraintes spatiales du support entraînent des déformations et des disproportions. Quant au recours à la copie, à partir d’un modèle peint ou sculpté, il conduit à des transformations progressives de l’image d’origine.
Le rapport de l’homme à l’animal change à la période gothique, comme l’atteste l’épisode de saint François d’Assise discutant avec les oiseaux. Si les connaissances antiques sont toujours utilisées, elles sont désormais vérifiées par l’observation directe. Description d’amateurs de chasse ou récits de voyage constituent de nouvelles sources et de nouveaux supports d’illustration pour les artistes. L’expérience devient synonyme de vérité. Le réel et la vérité, jusque-là perçus indépendamment, se rejoignent.
Dans le même élan, les animaux sont représentés de manière plus réaliste, les descriptions qui en sont faites se veulent plus objectives. La figure animale s’autonomise dans les enluminures. Elle est représentée seule, pour elle-même, ou s’inscrivant dans une nature foisonnante comme dans les tapisseries de la Dame à la licorne (Cl. 10831 à 10836). Cette tendance se perçoit également dans le décor sculpté, où les animaux occupent une place d’honneur (Cl. 19300), puis sur les vitraux (Cl. 1050) et dans les peintures murales. Comme dans les fables ou les contes, l’animal peut alors être le reflet de comportements humains (Cl. 19601 et suivantes).