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L'abbaye de Saint-Denis

L'abbaye de Saint-Denis est, tout au long du Moyen Âge, une institution religieuse et politique majeure. Elle est également un centre de création artistique, comme en témoignent les collections du musée. En particulier, la sculpture est bien documentée, depuis le premier édifice mérovingien jusqu'aux travaux menés sur le site par Suger, abbé de Saint-Denis de 1122 à 1151. 

Au même titre que la cathédrale Notre-Dame de Paris ou la Sainte-Chapelle du palais des rois de France, l’abbaye bénédictine de Saint-Denis occupe une place à part dans les collections. Les biens de l'abbaye sont confisqués à la Révolution et, quand le musée de Cluny ouvre en 1843, une partie de ces biens ont été confiés à la Bibliothèque nationale de France ou au musée du Louvre. Cependant, au gré des acquisitions et des dépôts, le musée de Cluny a constitué une collection significative d’œuvres provenant de ce lieu emblématique de l’histoire religieuse, politique et artistique du royaume de France.

L'église mérovingienne 

Dès l’époque mérovingienne, Saint-Denis s’affirme comme un lieu privilégié de la mémoire royale. Le site est le lieu de sépulture du premier évêque de Paris, saint Denis et de ses deux compagnons martyrs Rustique et Éleuthère. Dagobert (629-639) fait figure de premier grand bienfaiteur et est le premier roi à y élire sépulture.

De cette époque date un ensemble de six chapiteaux de marbre (Cl. 12114 a, Cl. 12114 b, Cl. 12115, Cl. 12116, Cl. 12117 et Cl. 12118) marqués par l’inspiration antique, notamment par le modèle corinthien. La tradition les fait provenir de Saint-Denis, même si leur localisation précise dans l’édifice et leur fonction ne sont pas connues avec certitude.

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Suger, bâtisseur de Saint-Denis

L’église de Dagobert est reconstruite à trois reprises. Si l’abbatiale carolingienne n’est évoquée par aucun vestige au musée de Cluny, l’édifice commandité par l’abbé Suger est représenté par des œuvres qui font partie des fleurons de la collection.
À partir du milieu des années 1130, Suger entreprend de doter son église d’un massif occidental à deux tours dont la façade s’ouvre par trois portails. Ce parti-pris architectural novateur s'inspire d'exemples normands alors tout récents. Il s’enrichit à Saint-Denis d’un vaste programme sculpté, achevé en 1140.
Il en subsiste un ensemble de colonnettes ou segments de colonnettes (RF 452-453 et RF 1249, Cl. 11659a, Cl.11659b et Cl. 18297) primitivement insérés dans les piédroits de ces trois portails.
Leurs motifs d’oiseaux, de rubans perlés ou de rinceaux habités de petits personnages illustrent le raffinement d’un répertoire ornemental qui tranche avec l’âpre monumentalité des trois têtes de statues-colonnes des mêmes portails, exposées à proximité.
Réapparues dans des collections particulières et acquises successivement entre 1986 et 1992, celles-ci ont été identifiées grâce aux dessins préparatoires aux gravures publiées par Bernard de Montfaucon dans les Monuments de la monarchie françoise (1729-1733).
Elles représentent la reine de Saba (Cl. 23250), Moïse et un autre prophète non identifié (Cl. 23312 et Cl. 23415). Elles appartiennent aux premiers portails à statues-colonnes, formule appelée à connaître un grand succès dans le cours du 12e siècle, ce qui leur confère une importance particulière.

Suger reconstruit également le chevet de l’abbatiale entre 1140 et 1144. Cette partie de l'église, plus précisément le déambulatoire, était sans doute ornée d'un chapiteau (Cl. 12637) dont les faces sont ornées alternativement d’une tête d’homme et d'une tête de femme.
Deux fragments de vitraux (Cl. 22758 et Cl. 23534) témoignent du raffinement et de la maîtrise technique atteints à Saint-Denis dans ce domaine. Ces fragments proviennent des fenêtres qui éclairent les chapelles rayonnantes. L’un d'eux prenait place dans une verrière consacrée à la vie de saint Benoît, dont il illustre l’ascension après sa mort ; l’autre est une bordure décorative.

De l’église de Suger provient encore l’épitaphe du roi Louis VI (1108-1137) (Cl. 11779). Il s'agit d'un rare témoin de l’époque où les sépultures des rois étaient surmontées par une simple plate-tombe éventuellement signalée par une inscription. Saint Louis (1226-1270) et l’abbé Mathieu de Vendôme (1258-1287) dotent rétrospectivement la tombe de Louis VI et celles de quinze autres rois et reines enterrés dans l’abbatiale d’une série de gisants.

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Dernier chantier ouvert sous l’impulsion de Suger, la reconstruction du cloître a livré un ensemble sculpté dʹun aboutissement formel remarquable dont cinq chapiteaux (Cl. 12119, Cl. 18925 a, Cl. 19051, Cl. 23531 et Cl. 18925 b) sont parvenus au musée.
Attribués récemment à un sculpteur actif sur le chantier contemporain du chevet de Saint-Germain-des-Prés, ils représentent des animaux fantastiques, harpies, basilics et griffons, qui déploient des ailes au plumage finement décrit dans un environnement végétal de fleurons et de grappes.

Après Suger

Des œuvres appartenant au décor de l’abbaye au 13e siècle complètent cette évocation de la sculpture à Saint-Denis.
L'église abbatiale est reconstruite dans le style gothique rayonnant dès le début des années 1230. Le chantier se prolonge ensuite jusqu’à la dédicace de 1281. Cet édifice ambitieux fait partie des prototypes du nouvel art de bâtir.
Le musée présente plusieurs éléments sculptés de cette période, dont le répertoire ornemental est inspiré du végétal : une clef de voûte à décor de feuilles de trèfle (Cl. 12565) et quatre chapiteaux provenant vraisemblablement du triforium (RF 539, RF 546, RF 548, RF 549). Ils sont décorés respectivement de feuilles trilobées, de feuilles de houx, de vigne vierge et de lierre.
De même, le cloître de Suger est partiellement reconstruit ou complété vers 1250-1260 par de nouvelles galeries, dont il subsiste un cul-de-lampe orné de trois têtes masculines (Cl. 12581).

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Le chantier de reconstruction du transept et de la nef de l’abbatiale dans le style gothique rayonnant (de 1231 à 1281) s’accompagne d’un renouvellement du décor des chapelles du chevet.
Chacune d’entre elles est pourvue d’un retable dont certains illustrent des scènes de la vie du saint éponyme, comme c’est le cas de la chapelle Saint-Romain-de-Blaye (Cl. 11493). Un autre retable plus tardif (vers 1350-1360) représentant des scènes de la Passion (Cl. 11494) a également été attribué au mobilier de l’abbaye. Tous deux ont en commun de conserver des traces significatives de polychromie.

Parmi les pièces qui complètent l’ornementation de l’abbaye après l’achèvement de son église, il convient de citer un panneau de vitrail à décor de grisaille (Cl. 11473) attribuable au décor des chapelles latérales de la nef élevées entre 1320 et 1324 et qui se signale par l’emploi précoce de la technique du jaune d’argent comme par son emblématique fleurdelisée.
De même, une dent de narval (Cl. 20202) est citée dans les inventaires du trésor de l’abbaye à partir de 1504. Elle figurait dans les armoires de l’abbaye en tant que merveille de la nature.