De format exceptionnellement allongé, la tapisserie représente pour chaque mois un couple. Pour quatre des mois, février, mars, avril, les personnages s’activent à des travaux agricoles. En juin, l’homme est seul à manier un outil. Au joli mois de mai, deux jeunes gens se promènent, puis prennent un bain ensemble.
Fréquente tout au long du Moyen Âge, dans le décor des églises ou au début des livres liturgiques, l’iconographie des travaux des mois est ici adoptée sur une tapisserie probablement destinée à un décor intérieur. Selon Monica Stucky-Schürer, elle aurait pu servir de "tour de lit" dans une pièce de réception.
Le fragment comportant les mois de juillet à décembre appartenait au milieu du 19e siècle, comme celui du musée de Cluny, à la collection de Joseph von Lassberg (1770-1855). En 1867, le Victoria and Albert Museum a acheté ce deuxième fragment au chanoine Franz Bock (1823-1899), figure incontournable de l’histoire du textile européen du Moyen Âge. Le fragment qui fait partie des collections du musée de Cluny, sans doute également un temps aux mains du chanoine Bock, a traversé la fin du 19e siècle, tout le 20e siècle, et les premières décennies du 21e siècle chez les descendants de Gustave Maurice du Plessis (1839-1902), propriétaire et rentier, entre Paris, Touraine et régions de l’ouest de la France.
Le tissage de la tapisserie est de grande qualité, avec une simplification gracieuse des plantes et des animaux, et des représentations pleines de charme des travaux des champs : la jeune femme élevant son fouet au-dessus des bœufs du labour, par exemple, ou des loisirs du mois de mai. L’état de conservation est également globalement bon, en dépit de rentrayages entre les scènes. Les coloris ont gardé beaucoup de fraîcheur. Dans un corpus qui compte moins de 150 pièces, la réapparition et le don de cette pièce au musée de Cluny sont un événement à remarquer.
Entré dans les collections en 2025. Don de Romain Zaleski, en mémoire d’Hélène de Prittwitz-Zaleski