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Chapiteaux

Chapiteau à décor de têtes ou "masques" crachant des rinceaux épanouis en palmettes
Chapiteau à décor de feuilles lisses enroulées aux angles

Les deux chapiteaux présentent des dimensions identiques et sont sculptés tous deux sur les quatre faces d’un bloc cubique.

L’un d’eux présente un décor de rinceaux à trois brins qui traversent quatre têtes anthropomorphes, au centre de chacune des quatre faces. Deux tiges ressortent de leurs bouches vers le bas, mais aussi de leur crâne vers le haut pour s’entrecroiser aux angles et s’épanouir en demi-palmettes. Enfin, des palmettes placées au-dessus de chaque "masque" présentent des formes variées qui distinguent seules les différentes faces. La corbeille de l’autre chapiteau est engainée dans quatre grandes feuilles lisses qui s’enroulent vers l’angle en une puissante volute.

Ces compositions sont caractéristiques du répertoire de la première sculpture gothique, qui se développe en Île-de-France à partir du milieu des années 1130. Notamment, le schéma des rinceaux qui sortent de la bouche et des oreilles de masques grimaçants se rencontre sur un chapiteau engagé dans le déambulatoire de la prieurale parisienne de Saint-Martin-des-Champs, vers 1135. À peine plus tard, il forme un motif de liaison entre les médaillons sculptés des travaux des mois, au portail sud de la façade occidentale de l’abbatiale de Saint-Denis.

Ce motif est originaire d’Angleterre, où il appartient au répertoire enluminé de l’"école de Winchester". Il est souvent associé à la lettrine B, prenant la forme d’une tête léonine qui ligature les deux courbes de l’initiale à la manière d’un engoulant. Si la transcription du motif à Saint-Martin-des-Champs semble parfaitement informée du sens du modèle, celle que propose le chapiteau récemment acquis trahit un certain manque de compréhension. En fait, l’articulation maladroite des éléments, les palmettes du premier chapiteau laissées inachevées, ou encore les variations de taille et de hauteur d’implantation des volutes du second s’expliquent sans doute par leur matériau : un marbre blanc, matériau insolite dans le corpus de la première sculpture gothique. Manifestement, un sculpteur habitué au travail du calcaire s’est trouvé aux prises avec une fourniture inhabituelle, dont il a dû affronter la dureté avec un outillage peu adapté, au prix sans doute d’une simplification, voire d’une déformation de son style comme des motifs traités.

De plus, la forme irrégulière des chapiteaux trahit probablement le remploi de sculptures antiques, le sculpteur devant s’accommoder de la forme préexistante des blocs. Le lieu de leur découverte est significatif. Ils ont été mis au jour place Saint-Michel à Paris, lors des travaux d’alignement et de reconstruction dirigés par Gabriel Davioud à la demande du préfet Haussmann. Jointe à la spécificité du matériau, cette localisation suggère qu’ils ont appartenu à un édifice prestigieux de l’île de la Cité, telle la cathédrale, ou de la rive gauche, comme les abbaye Sainte-Geneviève ou Saint-Germain-des-Prés, tous ayant accès à des "spolia" antiques ou paléochrétiens en relation avec le développement de Lutèce dans ces zones. Le fait qu’ils ne soient pas engagés mais sculptés sur leurs quatre faces, mais aussi leurs dimensions réduites invitent à y voir des chapiteaux de cloître.

Trouvés lors de l’aménagement de la place Saint-Michel, Paris, par Alfred Achille Napoléon Feine (1827-1899), architecte ; don de ses arrière-petits-enfants Claude Bernateau, François Froté et Nathalie Audebert. 

N° Inventaire : Cl. 23996 et Cl. 23997
Hauteur : 32 cm
Largeur : 31 cm
Profondeur : 31 cm
Lieu de production : Paris
Technique : sculpture
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