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De mystérieux coffrets médiévaux

Parmi les différentes formes de mobilier médiéval, une partie des coffrets à estampes sont dotés de mécanismes complexes et de compartiments secrets. Ils renferment des estampes collées à l'intérieur du couvercle.
Si leur usage reste encore incertain, ils sont les témoins de la diffusion du travail fécond de l'atelier du peintre Jean d'Ypres, présenté dans le cadre de l'exposition "Mystérieux coffrets".

Un goût du secret bien gardé

Les coffres, à la fois meuble et bagage, font partie du mobilier essentiel au stockage et au transport des objets de la vie quotidienne. Ils répondent au mode de vie de la société médiévale qui se déplaçait d'un lieu d'habitation à un autre. Au sein de cette famille aux membres aussi innombrables que diversifiés, se détache un petit groupe de coffrets aux caractéristiques singulières.

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Loin d'être un simple meuble de rangement, certains coffrets en bois sont de véritables coffres-forts permettant de cacher des biens à l'abri des regards. Ils ne sont pas les seuls : les compartiments secrets (Cl. 16134 : pied de coffre avec compartiment secret) et les systèmes complexes de fermetures (CL.502) sont courants dans le mobilier médiéval.

Seul le propriétaire du coffret peut l'ouvrir à l'aide de la clé. Mais la clé elle-même ne suffit pas. Encore faut-il savoir où la glisser. Pour cela, il est nécessaire d'actionner un mécanisme ingénieux par exemple en manipulant un élément décoratif ou, en insérant une épingle ce qui permet de libérer le cache-entrée (CL.13222 a et b).

De petites logettes sont également dissimulées dans le couvercle du coffret. Un objet de petite dimension pouvait y être caché. Une fois close, la logette (NNI 952) est invisible et inviolable.

 


Des usages qui nous échappent

Mécanismes complexes et compartiments secrets... À quoi pouvaient-ils bien servir ? On ignore encore l'usage exact de ces coffrets car aucun d'eux n'a été retrouvé avec son contenu. Sans source écrite ni représentation, seules des hypothèses peuvent être avancées sur la base de l’analyse de leur caractéristiques morphologiques et un faisceau d’éléments analogiques.

L'étude de ces coffrets apporte quelques indications. Grâce aux traces de passants pour une bandoulière, on sait que les coffrets pouvaient être transportés. Mais à cause de la fragilité des matériaux et du mécanisme difficile à manipuler, ils n'ont probablement pas étés utilisés comme bagages pour de longs trajets. On ne peut donc rapprocher ces coffrets des "boîtes de messager", (Cl. 17707) utilisées à la même époque pour délivrer des lettres.

Face aux différentes hypothèses avancées, une paraît plus probable. Par son format (rapport de 2/3, ouverture sur le petit côté), son orientation et ses proportions, le coffret a pu être destiné aux transports de livres. Ainsi, ces ouvrages précieux bénéficiaient d'une protection matérielle constituée de la serrure, de la clé et du mécanisme, assortie d’une dimension spirituelle en la présence d'estampes religieuses.

Une iconographie religieuse

Ces mystérieux coffrets ont la particularité d'abriter à l'intérieur une estampe, c'est-à-dire une image imprimée. Elles sont produites selon le même schéma : mêmes dimensions, mise en page, mise en couleurs et même composition de l'image. Ces estampes présentent une scène historiée encadrée d'un trait fin et sont accompagnées de trois lignes de texte en dessous. Une fois gravées, ces impressions étaient colorées à l'aide d'un pochoir pour être finalement collées au revers du couvercle.


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Le cycle des saints

Populaires à la fin du Moyen Âge, les saintes et saints majeurs constituent le sujet favoris des estampes. Elles avaient une fonction de protection et les coffrets servaient de supports de dévotion privée.

Les images et les textes des ces estampes deviennent un moyen pour le fidèle de s'adresser à un saint pour solliciter son aide : saint Roch ou saint Sébastien contre la peste et plus largement les épidémies ; sainte Apolline contre les maux de dents...

La Passion du Christ

Dans ces coffrets produits autour de 1500, on distingue un cycle cohérent consacré à l'iconographie de la Passion du Christ. Chaque estampe en représente un épisode. Une fois assemblés, ces épisodes couvrent assurément la totalité du récit depuis l'entrée du Christ à Jérusalem jusqu'à son apparition à Marie-Madeleine après sa Résurrection, bien que certains épisodes ne nous soient pas parvenus.
L'homogénéité du style montre que ces dessins proviennent de l’atelier du peintre Jean d'Ypres et de ses suiveurs

Une histoire de famille

Un peintre aux multiples noms

Jean d'Ypres est issu d'une lignée de peintres originaires du nord de la France mais dont les ateliers étaient très actifs à Paris. Dans sa formation artistique, il bénéficie de l'héritage de son grand-père André d'Ypres et de son père Colin d'Amiens. Peintre majeur des années 1500, ce n'est pourtant que récemment que son identité a été avancée par les historiens de l'art.

Longtemps, il a été désigné d'après ses plus grandes réalisations artistiques. On le retrouve sous le nom du "Maître de la rose de l'Apocalypse" d'après la création d'une verrière de la Sainte-Chapelle ou encore "Maître de la Vie de Saint Jean-Baptiste" d'après les vitraux de la cathédrale de Rouen, mais aussi Maître des Très petites heures d’Anne de Bretagne. Il est probablement également l'auteur des patrons des tapisseries de la Dame à la licorne conservées au musée.

Un modèle à suivre

Si la plus grande part de son travail personnel à aujourd'hui disparu, une œuvre est de sa main propre. Exceptionnelle par sa petite taille, il s’agit d’un manuscrit enluminé : les Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, livre d'heure aujourd'hui conservé à la BNF.

Le travail de Jean d'Ypres est principalement connu pour les modèles qu'il a créés et qui se sont diffusés dans les ateliers parisiens. Parmi eux, on trouve la production d'environ 650 estampes gravées pour des livres d'heures. Par la suite, nombre de ses compositions ont inspiré la création de vitraux (Cl. 14476), tapisseries et gravures.

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Un style qui se diffuse

Copieurs !

Les estampes issues de l’atelier de Jean d’Ypres se diffusent jusqu’au début du 16e siècle dans toute l’Europe. Imprimées en grand nombre, notamment dans des livres d’heures, elles sont ensuite utilisées comme modèles par d’autres ateliers qui participent à la diffusion de son style.

Les thèmes de ces estampes sont également très populaires. Ainsi, l'atelier parisien de Jean d'Ypres standardise certains processus de création pour en accélérer la production. Ces estampes servent ensuite de modèles appréciés et immédiatement disponibles pour des réalisations variées et s'adaptent à d'autres supports tels que le bois, l'ivoire, l'émail et la pierre.

Un héritage

Le travail de Jean d'Ypres inspire bien au-delà de sa mort en 1508.
Célèbre artiste de son temps pour des commandes prestigieuses, c’est peut-être pourtant par l’intermédiaire des estampes, relativement bon marché et très populaires, que le style de Jean d’Ypres s’est le plus profondément diffusé à travers toute l’Europe.