Le Christ, figure centrale du christianisme

Représentations du Christ dans l’art médiéval
L’art médiéval est fortement marqué par le christianisme et la figure du Christ est donc très présentes dans les collections du musée. Quels sont les codes iconographiques qui permettent de le reconnaître ? Sa représentation a-t-elle évolué au cours du Moyen Âge ?

Trinité aux chanoines, Mu 1261 (ENSBA) © Beaux-Arts de Paris, Dist. GrandPalaisRmn / image Beaux-arts de Paris

Dans la religion chrétienne, le Christ (ou Jésus-Christ) est l’une des trois "personnes" de la Trinité. Dieu est à la fois le Père, le Fils (Jésus-Christ) et le Saint-Esprit (ou Esprit Saint). Ces trois personnes sont distinctes mais partagent la même essence ou substance. 

Dans l'iconographie chrétienne, chaque personne de la Trinité a sa représentation propre : le Père apparaît sous l'apparence d'un vieil homme à la barbe grise ; le Fils (ou le Christ), d'un homme barbu jeune ; le Saint-Esprit ou Esprit Saint, d'une colombe. Le Père et le Fils sont représentés, par exemple, dans cette peinture de la première moitié du XVe siècle. 

Pour les chrétiens, Jésus-Christ est à la fois pleinement Dieu et pleinement homme. Jésus-Christ est Dieu incarné, qui s'est fait chair parmi les hommes. Il est né, a vécu et est mort comme un homme mais, de par sa nature divine, il a vaincu la mort en ressuscitant et est monté au ciel.  

Sainte Famille, Cl. 15390 © GrandPalaisRmn / Jean-Gilles Berizzi

La nature humaine du Christ 

Au Moyen Âge, la nature humaine de Jésus-Christ est représentée à travers les scènes de sa vie terrestre. À la fin du Moyen Âge en particulier, ses expressions et attitudes sont celles d’un homme.  

Avant le XIVe siècle, l’Enfant Jésus est généralement représenté avec un corps d’enfant et une tête d’adulte. Sa posture est hiératique. Il peut être représenté aussi en adulte à taille réduite, avec les proportions d’un corps d’adulte et non les proportions d’un corps d’enfant ou de bébé. C’est, par exemple, le cas dans cette Adoration des Mages de la fin du XIIe siècle. À partir des XIIIe et XIVe siècles, l’Enfant Jésus est de plus en plus représenté en nourrisson. Son visage et son corps s’arrondissent. Ses traits deviennent plus "poupons", à l’image de cette sculpture de la première moitié du XIVe siècle et sur cette peinture du début du XVIe siècle. Son attitude devient plus naturelle et enfantine, comme on peut le voir dans cette Sainte Famille du début du XVIe siècle. 

Dans cette Crucifixion réalisée vers 1200-1215, le visage du Christ est inexpressif, son corps immobile et rigide. A partir du XIVe siècle, le regard et le mouvement du visage s’animent. Sur ce tableau-reliquaire déjà, la souplesse du corps souligne la tension des bras, cloués à la croix. 

Cette évolution renforce le caractère humain du Christ. Les fidèles peuvent ainsi ressentir compassion et empathie pour cette figure en souffrance. Cela correspond à l’essor de la "dévotion moderne". Ce mouvement encourage la piété personnelle en créant une proximité entre les croyants et la figure du Christ. 

Plaque des Quatre Fleuves du Paradis, Cl. 1362 (détail) © GrandPalaisRmn / Franck Raux

La nature divine du Christ 

Le Christ sauveur 

Dans la religion chrétienne, Jésus-Christ est mort sur la Croix pour sauver les hommes. En se sacrifiant, il rachète les péchés des hommes et leur ouvre un chemin de salut. 

C’est pourquoi il est appelé "Sauveur du Monde" ("Salvator Mundi" en latin). Cette appellation a fait naître une représentation spécifique de Jésus-Christ. Dans l’iconographie médiévale, le Salvator Mundi est généralement représenté debout. De sa main gauche, il tient une boule, qu’on appelle un orbe. Celui-ci symbolise le monde. De sa main droite, Jésus-Christ fait le geste de bénédiction. Il peut être représenté enfant, comme dans cette sculpture du début du XVIe siècle, ou adulte, comme dans cette autre sculpture de la fin du Moyen Âge. 

Dans la Bible, Jésus-Christ est aussi appelé l’"Agneau de Dieu" ("Agnus Dei" en latin). Il est considéré comme l’agneau immolé en sacrifice pour le salut de l’humanité. Cette appellation a fait naître la représentation métaphorique du Christ sous la forme d’un agneau. On peut, par exemple, le voir dans cette plaque du milieu du XIe siècle ou cette plaque du milieu du XIIe siècle. Le Christ est figuré comme un agneau muni d’une hampe terminée par une croix, à laquelle une bannière est parfois accrochée. C’est l’étendard de la Résurrection. 

Vitrail, arbre de Jessé, Cl. 23674, Cl. 23675 (détail) © GrandPalaisRmn / Franck Raux

La victoire de Jésus-Christ sur la mort 

Au Moyen Âge, la croix et l’étendard symbolisant la Résurrection sont généralement figurés dans la main gauche du Christ. Souvent, de sa main droite, il fait le geste de bénédiction.

On retrouve ce motif dans les représentations de la Résurrection, associé au Christ sortant du tombeau, comme sur cette mitre peinte de la seconde moitié du XIIIe siècle.

Il est aussi utilisé dans les représentations de l’Ascension, lorsque le Christ monte au ciel, comme sur cette enluminure du début du XIIe siècle. 

Sur ce feuillet le Christ est représenté dans une mandorle. Cette forme d’amande symbolise la gloire de Dieu. On parle de "Christ en gloire". 

Jésus-Christ peut aussi être représenté assis sur un trône. Généralement, ce siège est composé d’une simple assise sans dossier. Un Christ trônant est appelé "Christ en majesté" comme sur ce reliquaire. La tête du Christ est entourée d’un nimbe crucifère. Il est vêtu d’une toge ou d’un manteau, pieds nus. De sa main droite, il fait le geste de bénédiction.

L’iconographie du Christ en majesté est souvent mêlée à celle du Christ en gloire. Le Christ est ainsi présenté comme le roi de l’univers, qui règne éternellement sur la terre et sur le ciel. L’un des chapiteaux de Saint-Germain-des-Prés, datant du XIe siècle, en est un exemple. Sur cette plaque du XIe siècle et sur cette plaque du XIIe siècle, on peut également voir deux symboles de part et d’autre de la tête du Christ en gloire et en majesté. Ce sont les première et dernière lettres de l’alphabet grec : l’alpha et l’oméga. Elles symbolisent que Dieu est le début et la fin de toute chose et qu’il se place au-delà du temps (passé, présent, futur). 

L’iconographie du Christ en gloire et en majesté peut aussi avoir quelques variantes, comme ce vitrail du XIIIe siècle, où Jésus-Christ trônant dans une mandorle est représenté en Salvator Mundi, tenant l’orbe terrestre.