La figure de la Vierge Marie

Représentations dans l’iconographie chrétienne médiévale
À partir du IXe siècle, la Vierge Marie, mère de Dieu, est l’objet d’une dévotion particulière. Le culte marial se renforce au fil du Moyen Âge à la fois en raison de sa proximité avec le Christ et de son statut de "reine" du Ciel. Elle est la principale figure féminine du christianisme, une figure à la fois puissante et familière.

Nativité, feuillet enluminé, Cl. 23970 © GrandPalaisRmn / Mathieu Rabeau

La mère du Christ

Si la Vierge Marie est la femme la plus importante de la religion chrétienne, c’est parce qu’elle a été choisie par Dieu pour porter le Christ. Mère du Christ, la Vierge est donc "mère de Dieu" ("Mater Dei" en latin).

Dans les scènes d’Annonciation, l’ange Gabriel, envoyé par Dieu, apparaît à Marie. Il lui annonce que Dieu l’a choisie pour porter et enfanter le Fils de Dieu. C’est un thème récurrent dans l’iconographie chrétienne. Ce groupe sculpté de la fin du XVe siècle en est un exemple.

Dans la Bible, la Vierge porte et accompagne le Christ de sa conception à sa mort. Au Moyen Âge, elle est représentée à ses côtés dans les grandes étapes de sa vie terrestre.

C’est le cas des scènes de l’enfance du Christ. En particulier les scènes de la Nativité et de l’Adoration des Mages sont très fréquentes dans l’iconographie médiévale.

La Vierge Marie est aussi presque systématiquement présente dans les scènes de fin de vie terrestre du Christ. Elle apparaît toujours à la droite de Jésus-Christ dans les scènes de Crucifixion, comme sur cette chasuble

Vierge allaitant l'Enfant entourée d'anges en prières, Cl. 23926 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

La Vierge à l'Enfant 

Avant le XIIIe siècle, la Vierge est représentée le plus souvent de manière hiératique et sans expression. A partir du XIIIe siècle, elle devient plus maternelle et exprime davantage son amour pour son fils et sa douleur de le perdre. 

Dès le début du Moyen Âge, une iconographie symbolique et codifiée connaît un essor, celle de la Vierge à l’Enfant. Marie tient l’enfant Jésus dans ses bras ou assis sur ses genoux. 

Dans cette sculpture, la Vierge en majesté présente le Christ assis sur ses genoux. On parle de la Vierge "sedes sapientiae", trône de sagesse. Les gestes sont formels, les attitudes hiératiques. 

Dans l’art gothique, l’iconographie de la Vierge à l’Enfant change. La relation entre les deux figures se fait plus tendre, les poses plus naturelles. La Vierge est représentée en mère aimante. Assise ou debout, elle porte le Christ comme une mère porte son bébé, avec délicatesse et précaution. L’humanité de la Vierge transparaît à travers sa gestuelle de plus en plus maternelle. Elle regarde son fils avec douceur comme sur cette sculpture du début du XIVe siècle. 

À la même époque apparait le motif de la Vierge allaitant l’Enfant. Présent dans cette sculpture de la première moitié du XIVe siècle, on le retrouve à la toute fin du Moyen Âge dans cette peinture.

Piéta dite de Tarascon, Cl. 18509 (détail) © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Une mère aimante pour le Christ et pour les hommes

La Vierge Marie s’humanise aussi dans les scènes liées à la mort de Jésus-Christ. La douleur, contenue dans cette sculpture s’exprime avec force dans ce retable du début du XVe siècle. Elle est représentée en larmes, la bouche ouverte comme si elle gémissait (dans le bas-relief central, femme au-dessus de saint Jean). Elle est "Mère de douleur". 

Pendant de la Vierge à l’Enfant, le motif de la Pietà montre la Vierge assise avec le Christ mort entre ses bras, impuissante. Cette peinture du XVe siècle en est un exemple. 

Cette iconographie cherche à humaniser la relation de la Vierge et du Christ, une relation dans laquelle les femmes et les hommes du Moyen Âge peuvent se reconnaître. Elle crée également une proximité entre les fidèles, qui observent la scène, et la figure de la Vierge. Tout comme Marie pleure la mort de son fils, elle souffre pour les hommes. 

Plaque émaillée lombarde, Cl. 23950 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

La Vierge, porte-parole des hommes auprès de Dieu

La compassion de la Vierge fait d’elle une figure de médiatrice entre les hommes et Dieu. Les hommes lui partagent dans leurs prières leurs malheurs et leurs souhaits. Ils la pensent en mesure d’intercéder en leur faveur auprès de Dieu et espèrent ainsi que leurs prières soient exaucées. Elle un rôle d’intercession. 

Sur cet olifant de la fin du XIe siècle, elle adopte une autre position de prière, les mains levées et tendues, les paumes ouvertes vers l'extérieur. Il s’agit de l’attitude de l’orante. 

Sur cette plaque de la fin du XVe siècle, on peut voir la Vierge Marie apparaitre dans le ciel à des hommes. Ceux-ci lui demandent de prier pour elle, comme le suggère l’inscription latine en bas de la plaque ("O mater Dei ora pro nobis" ce qui signifie "Ô mère de Dieu prie pour nous"). Marie est figurée les mains jointes, en attitude de prière. 

Vierge à l’Enfant et Jeune Fille à la Licorne, Cl. 13093 (détail) © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

La Vierge, glorieuse et reine

En tant que mère de Dieu, la Vierge est aussi reine des Cieux. Dans l’iconographie chrétienne médiévale, elle peut être représentée assise sur un trône et/ou couronnée, comme sur ce vitrail du XIIIe siècle. Cette figure de la Vierge trônante est appelée "Vierge en majesté". 

C’est pourquoi de nombreuses représentations de la Vierge à l’Enfant la montrent couronnée, comme cette sculpture du XIVe siècle. Dans ce tableau de la seconde moitié du XIVe siècle, la Vierge Marie, représentée couronnée et trônant, est qualifiée de "reine du ciel et de la terre" par l’inscription latine écrite au-dessus de sa tête.

Son statut de reine du ciel s’exprime dans le motif de la "Vierge en gloire". La Vierge en gloire, dans l'iconographie chrétienne, est la représentation de la Vierge Marie dans le ciel, entourée d’une mandorle ou d’un halo lumineux. Elle peut être entourée d’anges, comme dans cette plaque émaillée de la fin du XVe siècle.

Les scènes de l’Assomption, épisode où la mère de Dieu monte au ciel, sont particulièrement propices à représenter la Vierge couronnée. Pour les chrétiens, c'est avec son corps et son âme qu'elle est "élevée au ciel". Cette peinture du début du XVIe siècle  représente la Vierge entrant dans la gloire de Dieu, signe de sa sainteté et de son statut particulier. 

La Vierge est aussi célébrée à travers des prières apparues au Moyen Âge, qu’on appelle les antiennes mariales. Dans cette enluminure de la fin du XVe siècle, une inscription en latin encadre la figure de la Vierge Marie. Celle-ci est qualifiée de "reine des cieux" ("regina caelorum") et de "reine des anges" ("domina angelorum"). Cette inscription est le début d’une prière à Marie, l’"Ave Regina". Elle est nommée "reine" ("regina" en latin) dans plusieurs autres prières, comme le "Regina Caeli" et le "Salve Regina".