Images de saints

Représentation des saints dans les collections du musée
Les collections du musée de Cluny regorgent d’images de saints identifiables grâce à la façon dont ils sont représentés ou aux objets qui les accompagnent. Dans ce dossier, découvrez certains de ces attributs.

Hommes ou femmes à la vie édifiante, les saints sont reconnus par l’Église après leur mort comme modèles pour les fidèles. Ils jouent aussi un rôle d’intermédiaire entre les hommes et Dieu. Ils sont intercesseurs. En rapprochant le divin des hommes, les saints rendent la foi plus concrète et accessible. Ils font l’objet d’un culte qui s’exprime à travers la vénération de leurs reliques, la prière ou les pèlerinages. La représentation de ces personnages est codifiée : on les reconnaît grâce à leurs attributs. 

La Délivrance de saint Pierre, Cl. 12235 (détail) © GrandPalaisRmn / Mathieu Rabeau

Les saints, suiveurs du Christ

Les clés de saint Pierre

Dès les origines du christianisme, les apôtres et les premiers compagnons du Christ ont porté et transmis sa parole. Témoins privilégiés du message du Christ, ils jouent un rôle décisif dans la diffusion de l’Évangile. "Premier" de ces disciples, Pierre est un pilier de la foi chrétienne considéré comme le fondateur de l’Église et le premier pape.

Dans l’iconographie chrétienne, saint Pierre est représenté comme un homme âgé et barbu, symbolisant la sagesse. Il est presque toujours figuré avec les clés du Paradis, son attribut principal. C’est une référence à la parole du Christ : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. […] Je te donnerai les clés du royaume des Cieux." Il peut aussi être représenté tenant une maquette d’église, pour souligner sa mission fondatrice et son rôle de gardien de l’Église. C’est ce que montre ce chapiteau

Vitrail saint Paul, Cl. 22728 (détail) © GrandPalaisRmn / Franck Raux

L’épée et le livre : saint Paul missionnaire

Second pilier de l’Église, Paul est l’un des plus fervents messagers de la parole du Christ. Initialement persécuteur des chrétiens, Paul connaît une conversion spectaculaire sur le chemin de Damas. 

Dans l’iconographie chrétienne, saint Paul est représenté comme un homme brun partiellement chauve avec une barbe courte. Il porte généralement une épée, symbole de son martyre par décapitation à Rome, mais aussi de la Parole de Dieu, tranchante et vivante selon les Saintes Écritures. Il est parfois également représenté avec un livre ou un rouleau, en référence à ses écrits bibliques. Ce vitrail le figure assis sur un trône, nimbé, tenant une épée et un livre. Le livre illustre à la fois son autorité spirituelle et son rôle de théologien. 

Saint Paul meurt en martyr à Rome, comme saint Pierre, et leur mémoire est célébrée ensemble dans la liturgie chrétienne. Si Pierre est la pierre sur laquelle repose l’Église, Paul est le missionnaire qui en assure la diffusion de la Parole de Dieu. 

Croix de Bonneval, Cl. 22888 © GrandPalaisRmn / Jean-Gilles Berizzi

Les quatre évangélistes

Après la mort de Jésus-Christ, certains de ses disciples prêchent sa parole. Les saints Jean, Matthieu, Luc et Marc rédigent quatre Évangiles qui constituent les principaux textes sacrés du christianisme.

Dans l’iconographie chrétienne, les évangélistes sont généralement vêtus d’une toge, pieds nus, tenant un livre ouvert ou fermé et parfois un stylet ou une plume à écrire. 

Parmi eux, saint Jean est le plus reconnaissable car il ne porte pas de barbe. Rappel de son jeune âge, il a presque toujours un visage juvénile et imberbe et des cheveux mi-longs. Le saint est identifiable dans cette sculpture. Surnommé le "disciple bien-aimé" du fait de sa proximité avec le Christ, saint Jean est souvent représenté auprès de lui, comme dans les scènes de la Passion.

Les quatre évangélistes peuvent être figurés sous leur forme humaine, ou sous leur forme allégorique (l’homme pour saint Matthieu, l’aigle pour saint Jean, le taureau pour saint Luc et le lion pour saint Marc). La représentation des quatre évangélistes sous leur forme allégorique est appelée "Tétramorphe". 

Sur les crucifix, les quatre évangélistes occupent parfois chacune des extrémités de la croix. C’est ce que l’on peut voir sur le revers de cette croix du XIIIe siècle provenant de l’abbaye de Bonneval. Sur les représentations de Christ en majesté et en gloire, le Tétramorphe peut aussi apparaître dans les quatre écoinçons, en épousant la forme de la mandorle, comme  sur cette plaque du XIIe siècle. 

Sainte Marie-Madeleine, Cl. 1851 (détail) © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

La figure de Marie Madeleine

Dans la tradition chrétienne, Marie Madeleine est considérée comme une pécheresse repentie à la suite de sa rencontre avec Jésus-Christ. Elle devient une de ses disciples et lui reste fidèle jusqu’à sa mort. Elle est citée dans les Évangiles à plusieurs reprises, notamment lors de la Crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus-Christ. C’est pourquoi elle est souvent figurée auprès du Christ dans les représentations de ces scènes. 

L’iconographie chrétienne la représente généralement avec les cheveux longs, sans voile et portant un vase de parfum (comme dans cette sculpture). Ce vase renvoie à plusieurs épisodes de sa vie, notamment quand  elle se rend sur le tombeau du Christ pour parfumer son corps. Marie Madeleine est le premier témoin de la Résurrection. Lors de sa visite au tombeau, elle s’aperçoit que celui-ci est vide. Elle rencontre un homme qu’elle pense être le jardinier mais qu’elle reconnaît comme le Christ ressuscité. Elle veut le toucher mais il lui dit : "Noli me tangere" ("Ne me touche pas"), parce qu’il n’est pas encore monté au ciel. C’est ce que représente cette sculpture du XVIe siècle. Durant cet épisode, Jésus-Christ charge Marie-Madeleine d’annoncer sa Résurrection aux disciples. 

Sainte Claire, Cl. 23761 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

Les saints, des modèles de vie 

Les saints sont des exemples de dévotion que les fidèles sont invités à admirer et à imiter dans la prière, la vertu, la fidélité et la foi en Dieu. 

Suivre les règles fixées par les saints 

Saint Benoît de Nursie, saint François d’Assise… certaines figures du christianisme ont fondé des communautés religieuses. Ils établissent des règles de vie pour ceux qui les rejoignent dans le but de se rapprocher du Christ. Ces saints inspirent une dévotion qui dépasse souvent le cadre des ordres religieux qu’ils ont créés. 

En remettant au cœur de la vie chrétienne le principe de pauvreté, François d’Assise fonde l’ordre des Franciscains. Il suit l’exemple du Christ auquel il est souvent comparé. Au cours d’une vision, il aurait reçu les stigmates, c’est-à-dire les marques de la Passion du Christ. Elles seraient apparues sur ses mains, ses pieds et son côté, là même où le Christ a été suspendu à la Croix et percé de la lance. 

Il est ainsi représenté dans l’iconographie chrétienne portant les stigmates, comme dans cette plaque émaillée. Saint François apparaît en coule (un vêtement à capuchons porté par les moines), avec la tonsure. La simplicité de sa tenue et ses pieds nus symbolisent son vœu de pauvreté 

Disciple de saint François, Claire d’Assise fonde au XIIIe siècle l’ordre des Pauvres Dames, aussi appelées Clarisses. Née dans une famille noble, elle renonce à la richesse après avoir entendu les prêches de saint François. Elle adopte une vie de pauvreté, de prière et se retire du monde. Une communauté de femmes cloîtrées se forme autour d’elle. Elles suivent l’idéal franciscain. Sainte Claire est souvent représentée en habit de religieuse, avec une ceinture de corde à trois nœuds, signe de son appartenance franciscaine (les trois nœuds symbolisent les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance). Elle tient fréquemment un livre ouvert, rappel qu’elle a rédigé l’ordre des Clarisses, comme dans cette sculpture.

Vitrail de saint Timothée, Cl. 13335 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

Le martyre, ou la foi à toute épreuve

Parfois, cette dévotion des saints peut les conduire jusqu’au martyre. Du grec "martus" ou "marturos", le terme "martyr" est traduit par "témoin". Littéralement, le martyr témoigne par sa mort de sa foi. Il est parfois représenté tenant une palme dans la main, symbole de la victoire de la foi en Dieu. Ainsi, ce vitrail montre saint Timothée, martyr du Ier siècle, avec la palme du martyre.

Comme la plupart des apôtres, saint André, est mort en martyr. Témoin de la Résurrection, il a reçu la mission de diffuser la foi chrétienne. Il est parti prêcher l'Évangile lors d'un long voyage autour de la mer Noire. Lors de ce voyage, il est crucifié en Grèce par le proconsul Égée, dont saint André avait converti l'épouse. Il est traditionnellement représenté portant une grande croix en forme de X, celle de son martyre, comme sur cette chasuble. Le fait que des saints comme saint André soient représentés sur des vêtements ecclésiastiques rappelle à ceux qui les portent qu’ils doivent être des modèles et prêts à sacrifier leur vie pour leur foi. 

Saint Denis a été décapité sur la colline de Montmartre par des soldats romains. Premier évêque de Paris au IIIe siècle, il est souvent représenté portant sa tête entre les mains, en rappel de son martyre comme ici. C’est un saint dit céphalophore (qui porte sa tête). Il est souvent revêtu d'une chasuble. Sa tête peut être coiffée d'une mitre rappelant sa qualité d’évêque. 

Coffret à estampe, Le Martyre de saint Sébastien, Cl. 23837 (détail) © GrandPalaisRmn / Jean-Gilles Berizzi

Sainte Apolline est martyrisée à Alexandrie au IIIe siècle. Elle fait partie d’un groupe de vierges consacrées à Dieu. Refusant de renier sa foi et de sacrifier aux dieux païens, elle est arrêtée et torturée. Ses bourreaux lui brisent la mâchoire et lui arrachent toutes les dents. C’est pourquoi elle est représentée avec la tenaille qui a servi à lui arracher les dents. Cette sainte, populaire à la fin du Moyen Âge, est invoquée pour soulager les affections dentaires. 

Sébastien, martyr du IIIe siècle, s’engage dans l’armée romaine pour aider ceux qui partagent avec lui la foi chrétienne. Les persécutions contre les chrétiens étant vives à cette période, il est dénoncé et condamné à être attaché à un tronc d’arbre avant d’être percé de flèches. Dans l’iconographie chrétienne, il est toujours représenté en train de recevoir les flèches de son supplice, comme on peut le voir sur ce coffret à estampe

Saint Sébastien est traditionnellement figuré dénudé, portant un simple pagne autour des hanches, criblé parfois des flèches de son martyre. Il a toujours le visage juvénile et imberbe et les cheveux mi-longs et bouclés. Il est le saint patron des archers et des fantassins. Au Moyen Âge, la peste est symbolisée par des flèches et il devient donc aussi le saint protecteur contre les épidémies.

Sainte Marthe et les pénitents, Cl. 22763 (détail) © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Le culte des saints

Les saints sont réputés pouvoir accomplir des miracles. Ces faits extraordinaires - guérisons, délivrances, visions ou combats contre le mal - suscitent l’admiration. Ils renforcent la foi des croyants parce qu’ils apparaissent comme des signes de la présence divine. La foi populaire voit dans les saintes et les saints des figures capables de soulager les maux des hommes et de porter leurs prières devant Dieu, d’intercéder en leur faveur. 

Ainsi, sainte Marthe aurait vaincu un dragon qui ravageait la Provence, la Tarasque grâce à un seau d’eau bénite. Elle est généralement représentée avec cet attribut, le seau d’eau bénite, comme dans cette sculpture. Elle abrite, sous son manteau, sept petits pénitents agenouillés en prière, rappel de la fonction protectrice des saints. 

Saint Jacques en pèlerin, RFR 2 (détail) © GrandPalaisRmn / Tony Querrec

Les pèlerinages 

Pour obtenir l’aide des saints, les chrétiens se rendent en pèlerinage dans les lieux où ils ont laissé une empreinte. Depuis le IXe siècle, les restes de saint Jacques, dit le Majeur, sont vénérés à Compostelle (Espagne). Un pèlerinage s’y développe au Moyen Âge, au point de devenir l'un des plus importants pèlerinages de la chrétienté. La figure d’un saint Jacques pèlerin se développe en Espagne au XIIe siècle puis en France au XIIIe siècle sous l’influence du pèlerinage de Compostelle. 

Dès lors, il est toujours représenté en pèlerin de Compostelle, ou jacquaire, comme le montre cette sculpture du XVe siècle. Barbu, saint Jacques est coiffé d’un chapeau à large bord orné d’une coquille Saint-Jacques, emblème du pèlerinage. En effet, les pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle se paraient d’un coquillage. 

Pour témoigner de leur pèlerinage, les fidèles peuvent également porter comme un badge de petits objets de plomb appelés enseignes de pèlerinage. Celui-ci atteste d’un passage à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Loire), où les reliques de saint Léonard sont conservées. Patron des prisonniers, saint Léonard est souvent représenté accompagné d’un prisonnier en prières comme ici. Parfois, il tient des chaînes. C’est une référence à sa vie de défenseur des opprimés. En invoquant son nom ou en visitant l’ermitage qu’il a fondé au VIe siècle, les prisonniers verraient leurs chaînes tomber.

Targe, saint Georges combattant le Dragon, Cl. 1956 © GrandPalaisRmn / Jean-Gilles Berizzi

Des saints patrons protecteurs

Les hommes et femmes du Moyen Âge peuvent également développer une dévotion particulière envers les saints dont ils portent le nom. La présence de coquilles Saint-Jacques sur la façade de l’hôtel de Cluny fait ainsi référence à Jacques d’Amboise, qui l’a fait construire.

Saint Georges, officier romain et chrétien, est l’un des saints militaires les plus vénérés. Selon la tradition chrétienne, Georges a sauvé une ville terrorisée par un dragon en acceptant de combattre la créature, à condition que ses habitants se convertissent au christianisme. En terrassant le dragon, armé d'une lance ou d'une épée, il exprime la victoire de la foi chrétienne sur le mal ou le paganisme. Saint Georges devient le protecteur emblématique des chevaliers et un symbole de courage et de foi. 

Dans l’iconographie chrétienne, il est représenté en soldat, vêtu d’une armure médiévale et coiffé d’un casque, en train de tuer le dragon avec une longue lance comme dans cette sculpture. Sur cette targe du XVe siècle, une prière en allemand accompagne le saint : "Aide Dieu, aide, toi le Verbe éternel, le corps ici, l’âme là-bas, aide chevalier Georges". Le chevalier qui porte ce bouclier se place ainsi sous la protection du saint, invoqué comme intercesseur auprès de Dieu. 

Saint Florian est lui aussi représenté en soldat, avec une armure, et versant de l’eau sur un bâtiment en feu à ses pieds, comme ici. En effet, il aurait miraculeusement éteint un incendie avec un simple baquet d’eau. Les incendies étant fréquents et redoutés dans les villes médiévales, saint Florian fait l'objet d'une forte dévotion, attestée dans de nombreuses représentations.