Sur les traces de la Sainte-Chapelle

Au musée, une salle entière est dédiée à la Sainte-Chapelle, située à quelques centaines de mètres, sur l'île de la Cité. Vitraux, sculptures et un reliquaire témoignent de l'importance de ce chef d'œuvre de l'architecture gothique parisienne.

La Sainte-Chapelle est un des principaux monuments parisiens, niché au cœur de l’île de la Cité. Construite sous le règne de Saint-Louis pour conserver des reliques de la Passion du Christ, elle apparait comme un aboutissement de l’art gothique rayonnant, avec ses deux niveaux et ses immenses baies de vitraux. 

À l’occasion d’une grande restauration au XIXe siècle, certains de ses célèbres vitraux mais aussi des éléments de statuaire sont déposés et placés au musée de Cluny, qui les conserve encore aujourd’hui. 

Apôtre mélancolique de la Sainte-Chapelle, Cl. 18665 (détail) © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Des témoignages fragiles de l’édifice médiéval

Pendant la Révolution française, la Sainte-Chapelle est fermée au culte et transformée en dépôt d’archives. Son état se dégrade progressivement. En 1830, lors de la révolution de Juillet qui marque la fin du règne de Charles X, elle est l’objet de plusieurs dégradations. 

Ainsi, une série de douze apôtres sculptés (on parle de collège apostolique) est dispersée et mutilée. En 1851, six apôtres sont restaurés et replacés à la Sainte-Chapelle. Les six autres, trop abîmés, rejoignent le musée de Cluny tandis que des copies sont placées dans la chapelle. 
 

Vitrail de l'enlèvement des troupeaux de Job, Cl. 23725 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

À partir de 1836, la Sainte-Chapelle fait l’objet d’une vaste restauration, qui va durer plus de 20 ans. A cette occasion, les verrières de la chapelle haute de la Sainte-Chapelle sont restaurées. Certains vitraux, jugés particulièrement fragiles, sont alors déposés et remplacés par des copies. Les originaux sont depuis lors conservés au musée de Cluny. 

La plupart des panneaux déposés appartient à la vitrerie mise en place entre 1243 et 1248, notamment les panneaux de vitrail aux armes de France et Castille (Vitraux de la Sainte-Chapelle, Baie des Nombres, Panneaux héraldiques, Cl. 14470 et 14471). D’autres sont des remplois de vitraux plus anciens, comme le médaillon de La Résurrection des morts, (vers 1200, Cl. 23721). Enfin, quelques-uns témoignent des interventions du XVe siècle, par exemple le savoureux médaillon illustrant l'enlèvement des troupeaux de Job (Cl. 23725).

Mitre peinte de la Sainte-Chapelle, Cl. 12924 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Un reliquaire à l’échelle monumentale

La Sainte-Chapelle a été édifiée sur ordre de Louis IX (futur Saint-Louis), pour accueillir un ensemble de reliques de la Passion du Christ. Elle est consacrée en 1248. 

En 1239 et 1241, Louis IX achète à l’empereur de Constantinople deux reliques insignes : la Couronne d’épines et un morceau de la Vraie Croix. Pour les abriter dans un écrin digne d’elles, il fait édifier une chapelle au cœur de son palais de l’île de la Cité, à Paris. D’autres reliques et pièces d’orfèvrerie rejoignent bientôt les reliques de la Passion du Christ pour constituer un trésor exceptionnellement riche. On le connaît grâce à plusieurs inventaires, dont le plus ancien a été rédigé avant 1285. 

Le trésor de la Sainte-Chapelle a été dispersé en 1791, pendant la Révolution. Mais plusieurs œuvres ou fragments sont parvenus jusqu'à nous. Ils sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France (Grand camée de France, Manuscrits à reliure d'orfèvrerie), dans le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris (Couronne d’épines) ou encore au musée du Louvre (Vierge à l'Enfant de la Sainte-Chapelle). 

Le musée de Cluny abrite pour sa part deux mitres du XIVe siècle et le seul reliquaire exécuté du temps de saint Louis.

Vitrail de la Sainte-Chapelle, Samson sur le lion, Cl. 23723 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

Une chapelle à l’usage de Saint-Louis

Chef d’œuvre de l’art gothique rayonnant, la Sainte-Chapelle est un édifice à deux niveaux, conçu comme un reliquaire géant. Avec les tours de Notre-Dame, c’est au Moyen Âge le plus haut monument de la capitale et celui que les voyageurs aperçoivent en premier. 

Cette chapelle, dite palatine parce qu’installée dans le palais, est destinée à l’usage du personnel du palais et du roi. 
Dans la tradition des chapelles palatines, la Sainte-Chapelle est un bâtiment double : elle comprend une partie basse et une partie haute. La chapelle basse est réservée au personnel du palais. La chapelle haute, réservée au roi et à sa famille, est accessible directement depuis les logis privés royaux. 

L’architecture gothique accorde une large place aux fenêtres et à la lumière. La Sainte-Chapelle constitue de ce point de vue une véritable prouesse technique. Les 15 verrières de 15 mètres de hauteur font disparaître les murs. Sur une surface de 750m² (sans la rose occidentale), 1 113 scènes narratives se déploient pour l’essentiel dans un rouge et un bleu qui inondent l’espace de lumière. Sur le mur est, huit panneaux déroulent l’histoire de Samson, le héros qui a pu maîtriser un lion grâce à la force herculéenne que lui procure sa chevelure. Certains de ces panneaux sont aujourd’hui présentés au musée de Cluny. Sur le mur ouest, un quadrilobe présente Constantin, assis sur son trône, adorateur d’idoles, avant de devenir le premier empereur romain chrétien.

Statue de Saint Louis, Cl. 20626 (détail) © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Un monument de la puissance royale 

Au-delà de son caractère religieux, la Sainte-Chapelle est aussi un édifice de pouvoir. 

C’est sur les reliques que les serments entre le roi suzerain et ses vassaux sont prêtés. De plus, la tradition des chapelles palatines (issue du monde byzantin) et la présence des reliques de la Passion, provenant de Constantinople, permet de positionner symboliquement la dynastie royale capétienne comme l’héritière de l’empire romain d’Orient. Cette association participe d’une volonté d’affirmation du royaume de France, notamment face au Saint Empire romain germanique.

Le musée de Cluny conserve une statue de Saint-Louis en bois, réalisée vers 1300 et destinée à la Sainte-Chapelle. Peut-être placée à l’origine sur la crête de la grande châsse qui contient les Saintes Reliques, elle vient rappeler le caractère dynastique et politique de l’édifice. 

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