La tenture de la Vie Seigneuriale est un ensemble de six tapisseries réalisées au début du XVIe siècle, mais leur lieu de tissage n’est pas connu avec certitude.
Le fond de ces tapisseries est parsemé de fleurs champêtres et de végétaux, d’où elles ont reçu l’appellation de millefleurs. Une vingtaine d’espèces botaniques sont présentes ici, ainsi que des arbustes et arbres fruitiers, qui évoquent l’apparence d’un verger. Des oiseaux animent ce décor naturel. Ceux-ci se trouvent au sol, perchés dans les arbres et les arbustes ou en plein vol dans les airs. Souvent illustrées de scènes profanes, les tapisseries millefleurs jouent parfaitement leur rôle décoratif. Cette nature idyllique sert de cadre de vie aux personnages représentés.
La tenture de la Vie Seigneuriale dépeint la vie des élites aristocratiques aux environs des années 1500. Des seigneurs et des dames sont accompagnés de leurs servantes et leurs serviteurs. Le jardin devient, pour eux, un lieu de plaisirs où les tous les sens sont sollicités. Y sont représentées de nombreuses activités qui incarnent le raffinement dans l’idéal aristocratique : promenade, dégustation de fruits, bain en musique, broderie, lecture et chasse.
Sur la première tapisserie, dite "La Promenade" (Cl. 2178), un seigneur et une dame se promènent en compagnie d’un jeune page et de deux suivantes. L’une d’elles a cueilli des fleurs et l’autre tend un plateau de fruits à son maître et à sa maîtresse. Toutes deux sont vêtues de costumes répandus en France au début du XVIe siècle, caractérisés par des manches amples et évasées. La châtelaine, en revanche, suit la mode italienne avec des manches "à crevés" constituées de deux manches superposées. Celles-ci sont attachées par des rubans et laissent échapper un linge plus délicat. La châtelaine arbore un autre détail importé d’Italie. Ses cheveux coiffés en bandeaux dégagent le front ceinturé d'un lacet. Le seigneur, quant à lui, porte des vêtements amples, mi-longs et des souliers à bout "en mufle de bœuf". Il tient une gourde aux armes de France.
La deuxième tapisserie, dite "Scènes galantes" (Cl. 2179), représente des nobles personnages, des suivantes et des serviteurs. Ces derniers apportent des fruits et des friandises à leurs maîtres. En bas à gauche, un couple assis dans l’herbe est en train de s’enlacer. Au centre, on peut apercevoir un autre couple assis dans l’herbe. La dame porte un perroquet sur sa main gauche, qui peut symboliser la célébration de l’amour courtois. Autour d’eux, quelques oiseaux s’envolent, d’autres se perchent dans les arbres, sous le regard d’un renard aux aguets.
Sur la troisième tapisserie, dite "Le Bain" (Cl. 2180), la dame apparait à mi-corps dans un luxueux bassin au décor Renaissance composé de motifs repris de l’Antiquité, tels que la tête de lion et les feuilles d’acanthes. La dame est entourée de ses suivantes. L’une d’elles tient un coffret à bijoux, l’autre un plateau de fruits. Elles portent des toilettes suivant la mode française. Au fond, une femme, vêtue et coiffée à l'italienne, s'exerce au luth. À côté d’elle, un homme joue de la flûte à bec.
Dans la quatrième tapisserie, dite "La Broderie" (Cl. 2181), à gauche, une dame assise décore l’une des faces d’un coussin posé sur ses genoux. Elle y brode des fleurs qui rappellent le fond de cette tapisserie millefleurs. Elle y brode aussi le monogramme du Christ, "IHS" (abréviation du nom de Jésus), signe de dévotion et d’une conduite vertueuse. À côté d’elle, un panier contient des pelotes de fil. À droite, une servante lui apporte un miroir sur pied avec d’autres pelotes. La dame est vêtue d'une robe de brocart d'or doublée de fourrure qui suit la mode française. Sa servante, tout aussi richement habillée, suit la mode italienne.
Dans la cinquième tapisserie, dite "La Lecture" (Cl. 2182), un seigneur chante, lit des vers ou fait la lecture à une dame qu’il courtise. Celle-ci est assise sur un siège richement orné. Elle file sa quenouille. Un petit chien se trouve sur les genoux de sa maîtresse. Il aboie en direction du chat qui joue par terre avec la pelote.
La sixième et dernière tapisserie représente le "Départ pour la Chasse" (Cl. 2183). À gauche, un seigneur richement vêtu tient un faucon dans son poing ganté. Son chien, certainement un lévrier, est à ses pieds. À droite, un hallebardier s'appuie sur sa pique. Cette figure un peu particulière est empruntée à une gravure d’Albrecht Dürer, "L’Assemblée des Gens de Guerre", intitulée aussi "Les Six Guerriers" (vers 1495).
Sans marque d’appartenance, cette tenture a sans doute été tissée d’avance, pour être présentée à des acheteurs potentiels, séduits par ces décors évoquant la nature.
Les lissiers ont utilisé le procédé de réutilisation de cartons, c’est-à-dire de modèles à taille réelle. On peut noter, à ce titre, les similitudes entre les deux jeunes femmes portant un plateau dans "Le Bain" et "La Promenade". Le remploi de silhouettes types est caractéristique des tapisseries millefleurs. De ce fait, les personnages ne sont pas toujours mis en relation dans une narration ou une représentation. Ils semblent souvent s’ignorer.
Il se dégage néanmoins de ces compositions une atmosphère poétique et vivante, servie par la précision de détails anecdotiques comme le chaton tirant le fil ("La Lecture") ou les canards barbotant dans la mare ("Le Bain").
Entre les fleurs qui suggèrent le jardin du Paradis et les personnages qui évoquent les cours d'amour, les millefleurs sont la transposition picturale des poésies courtoises de l'époque. Ces tapisseries rappellent, par exemple, l'œuvre poétique du "Roman de la Rose", écrite au XIIIe siècle, mêlant nature idyllique et amour courtois.