Voûte de la chapelle de l'hôtel de Cluny © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
La chapelle de l'hôtel de Cluny
Vue de l'escalier reliant la chapelle à la loge voûtée © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
Une chapelle privée à l’usage de l’abbé
La chapelle, contemporaine de l’hôtel médiéval, a été édifiée à la fin du XVe siècle. Son mur ouest et son pignon nord prennent appui sur des maçonneries romaines appartenant aux thermes antiques de Lutèce. Utilisée ponctuellement comme lieu de culte jusqu’à la Révolution, la chapelle a ensuite été transformée en amphithéâtre de médecine, en atelier d’imprimerie, puis intégrée au musée dès son origine en 1843.
La chapelle occupe un emplacement particulier qui souligne son caractère privé, à l’extrémité nord de l’aile arrière en retour sur le jardin. Elle se déploie sur deux niveaux. La chapelle elle-même se trouve au premier étage de l’hôtel. Pour y accéder, l’abbé de Cluny empruntait l’escalier d’honneur du corps de logis puis traversaient les pièces d’apparat organisées en enfilade.
Au rez-de-chaussée, une loge sous la chapelle communique directement avec le jardin de l’hôtel particulier par deux arcades. Un escalier en vis permet d’accéder à la chapelle depuis le jardin.
Voûte de la chapelle de l'hôtel de Cluny © Alexandra Lebon / OPPIC
Une dentelle de pierre
Entre 1843 et 1861, l’architecte Albert Lenoir entreprend la restauration de la chapelle. C’est lui aussi qui compose le pignon nord, sur lequel était appuyée une maison, détruite en 1861. Les façades sont ensuite restaurées par Jean Trouvelot (1949-1956). Ces opérations n’ont pas modifié de manière significative le caractère de cette chapelle qui apparaît toujours dans son état médiéval. Les façades et la couverture en ardoise ont bénéficié d’une nouvelle restauration en 2015-2016.
De plan presque carré, la chapelle déploie à partir de son unique pilier central un dense réseau de nervures, réparti en quatre voûtes d’ogives. Elle est de style gothique flamboyant : liernes et tiercerons, voûtains au décor de soufflets et mouchettes. Les voûtes ont bénéficié d’une restauration en 2015 – 2016. Elle a permis de découvrir une polychromie bleu sur le fond des voûtains, comme sur les décors du tambour de l’escalier qu’on croyait brun-noir tant ils étaient encrassés !
L’espace de la chapelle présente un riche décor sculpté : culots ornés de feuilles de choux, consoles en forte saillie à ornements végétaux, sculptures sur la voûte en cul de four de l’abside (Dieu le Père au sommet de la voûte, le Christ en croix, et treize anges portant des phylactères et des instruments de la Passion), douze niches surmontées de dais architecturés. La présence de niches est assez courante dans les chapelles : elles accueillent habituellement des sculptures des douze apôtres. Ici, ce sont des membres de la famille de Jacques d’Amboise qui étaient représentés. La chapelle, lieu de culte privé, devient ainsi un manifeste de la position personnelle du commanditaire par l’exaltation de son lignage.
Chœur de la chapelle de l'hôtel de Cluny © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
Un joyau de l’art médiéval
Le décor peint de la chapelle est d’une très grande qualité. Il en reste aujourd’hui notamment deux peintures murales monumentales d’inspiration italienne. Situées de part et d’autre de l’abside, elles représentent deux saintes femmes, demi-sœurs de la Vierge, Marie Cléophas (ou Marie Jacobi) et Marie Salomé, qui pleurent le Christ mort. Elles sont parmi les rares exemples de peinture murale parisienne vers 1500.
Des vitraux illustrant la Passion garnissaient les hautes fenêtres. Ils ont été démontés avant 1804. Seuls quelques éléments colorés d’origine sont conservés dans les parties hautes. Un vitrail représentant le Portement de Croix est encore visible dans les salles du musée.