Une façade de l'hôtel médiéval côté cour. © Alexis Paoli / OPPIC
La création du musée de Cluny
Vue de la cour de l'hôtel de Cluny, Cl. 23879 © GrandPalaisRmn / Stéphane Marechalle
De l’hôtel au musée
À la Révolution, la demeure des abbés de Cluny, constituée de vestiges gallo-romains et d’un hôtel médiéval, est nationalisée. Le site est morcelé et vendu à des particuliers. L’hôtel est ainsi transformé en logements locatifs tandis que le "frigidarium" des thermes est utilisé comme lieu de stockage. Mais, dans les années 1830, son caractère historique participe à en faire l’objet de nombreuses attentions.
En 1838, la Ville de Paris fait l’acquisition du "frigidarium", qui devient le dépôt lapidaire de la Ville : il accueille alors les sculptures détachées des édifices parisiens.
Dès 1833, le collectionneur Alexandre Du Sommerard loue un appartement de six pièces dans l’hôtel médiéval. Il y installe sa collection d’art ancien dans un cadre en accord avec leur nature.
Après sa mort, l’État acquiert en 1843 l’hôtel de Cluny et les quelque 1 500 objets rassemblés par Alexandre Du Sommerard. La même année, la Ville de Paris cède à l’État les thermes gallo-romains et le dépôt lapidaire qu'il contenait, parmi lesquels le Pilier des Nautes. Le musée de Cluny ouvre ses portes au public un an plus tard. Lors de son inauguration le 17 mars 1844, 12 000 visiteurs se pressent pour le découvrir.
La galerie des armes au musée de Cluny, Cl. 23882 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
Le musée des monuments historiques
Le musée est alors placé sous la tutelle de la Commission des Monuments historiques, qui a peut-être siégé dans l’hôtel médiéval. Il couvre l’histoire des arts depuis l’Antiquité jusqu’à la Renaissance. En tant que musée de la Commission, il bénéficie d’importants versements de sculptures monumentales, comme les Apôtres et les Vitraux de la Sainte-Chapelle.
La direction est confiée à Edmond Du Sommerard, le fils d'Alexandre. Pendant quarante ans, il enrichit considérablement la collection et fait plusieurs acquisitions majeures comme la Rose d'or et le Devant d’autel du trésor de la cathédrale de Bâle, la tenture de la Dame à la licorne, ou encore les Couronnes de Guarrazar.
À sa mort en 1885, l’ensemble compte près de 11 000 objets. Avec Edmond Du Sommerard, la physionomie du musée change : la période chronologique couverte par les collections est élargie, la présentation gagne en clarté et en exigence scientifique, un premier catalogue est publié.
En 1907, le musée quitte le giron de la Commission des monuments historiques et est rattaché à l’administration des musées. Il est alors intégré dans la liste des musées nationaux.
Porte de l'hôtel de Cluny, Cl. 23887 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
Un écrin architectural à valoriser
Dès le 1er tiers du XIXe siècle, la qualité architecturale du site, qui comprend les vestiges des thermes gallo-romains et l’un des très rares exemples de demeure civile médiévale à Paris, conduit à réfléchir à sa mise en valeur.
À cette époque, l’hôtel médiéval est en piteux état, en raison d’un manque d’entretien. Quant aux thermes, si leur réutilisation constante depuis le Moyen Âge a favorisé leur conservation, ils subissent plusieurs dégradations au fil du temps. En 1737, une partie des voûtes s’est effondrée. Au cours du XIXe siècle, des études et bilans archéologiques sont menés. À l’occasion du percement de voies dans les années 1850, Théodore Vacquer mène des fouilles archéologiques qui permettent de mieux comprendre l’organisation de la ville gallo-romaine.
Enchâssé dans un dense tissu urbain, le site est progressivement dégagé pour débarrasser le monument des constructions parasites qui en cachent la vue ou le modifient. Les habitations alentour sont détruites et ce mouvement se poursuit jusqu’en 1871. Dès 1846, l’hôtel médiéval est classé monument historique. Le "frigidarium" l’est à son tour en 1862.
Les vestiges des thermes et l’hôtel médiéval font également l’objet de travaux de restauration. Entre 1843 et 1861, l’architecte Albert Lenoir recompose le pignon nord de la chapelle, avec l’utilisation de nombreux remplois suite à la démolition des édifices du quartier détruits lors de l’ouverture des boulevards.
Entre 1866 et 1883, le musée est agrandi avec la construction d’un nouveau bâtiment à l’ouest de la parcelle par l’architecte Paul Boeswillwald. Ce dernier est également chargé d’aménagements intérieurs notamment destinés à permettre la présentation des tapisseries de la Dame à la licorne.
Pour en savoir plus sur les figures des fondateurs du musée, rendez-vous sur la page dédiée.