L'hôtel des abbés de Cluny

Une "pépite" de l'architecture civile médiévale
L’hôtel des abbés de Cluny a été édifié à la fin du XVe siècle en plein cœur du Quartier latin. Symbole de la puissance de l’ordre de Cluny et de ses dirigeants, il est un joyau de l’architecture gothique. Il accueille désormais les collections du musée national du Moyen Âge.

Vue extérieure de l’hôtel des abbés de Cluny
© Alexis Paoli / OPPIC

Le pied à terre parisien des abbés de Cluny

L’hôtel particulier actuel est construit à partir de 1485 par Jacques d’Amboise (vers 1440-1450 – 1516) dans le centre intellectuel de la capitale : le quartier des universités. Abbé de Cluny à partir de 1485, il est issu d’une des familles les plus puissantes de la fin du XVe siècle. Il dirige également une communauté de moines particulièrement influente puisque l’ordre monastique contrôle un important réseau d’abbayes dans toute l’Europe occidentale. 

Une première demeure avait été construite au XIIIe siècle sur le site. On ne sait presque rien de son organisation mais sa localisation ne doit rien au hasard. Lieu de résidence et de représentation, il est situé à deux pas du collège de Cluny, qui accueille les novices de l’ordre pour leurs parcours universitaire. Ce collège, aujourd’hui disparu, se situait au sud de l’actuelle place de la Sorbonne.

Dès sa nomination comme abbé de Cluny, Jacques d’Amboise décide la reconstruction de ce pied à terre parisien. Il fait bâtir un bâtiment destiné à magnifier son statut : matériaux coûteux, plan complexe, décor opulent. L’ouest de la parcelle est encore occupé par les thermes gallo-romains. Pour s’épargner le coût de la destruction de ce complexe, le maître d’œuvre intègre avec génie le bâti antique existant.

Un hôtel entre cour et jardin

Construit dans le style gothique, l’hôtel des abbés de Cluny adopte le parti d’une demeure d’exception, l’hôtel particulier. Cette formule architecturale urbaine connaîtra un formidable succès durant tout l’Ancien Régime. 

Le mur crénelé aveugle sur la rue borde une vaste cour intérieure, accessible par une porte cochère et un guichet. Les façades reçoivent un riche décor sculpté gothique flamboyant. 

Aux frontons des lucarnes hautes, sur les pans de la tour d’escalier, les armes de Jacques d’Amboise affirment la puissance et le rang du commanditaire. De l’autre côté du corps de logis principal, un petit jardin de plain-pied est aménagé, qui épouse l’axe du bâtiment. À l’ouest, deux jardins suspendus sont installés sur les épaisses voûtes du frigidarium et de l’actuelle salle 3 du musée.

Voûte de la chapelle de l'hôtel de Cluny © GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Le corps de logis central est encadré par deux ailes, l’une à l’est recevant au rez-de-chaussée les cuisines, l’autre à l’ouest formant une galerie à l’étage sur une série d’arcatures ouvertes. L’architecte a su exploiter habilement une parcelle irrégulière et la présence des bâtiments antiques et trouver des solutions novatrices à ces contraintes.

La chapelle, joyau de l’hôtel, occupe un emplacement singulier, à l’arrière du bâtiment, qui marque son caractère privé. De plan presque carré, elle déploie à partir de son unique pilier central un dense réseau de nervures. Elle fonctionne aussi comme une rotule de distribution et permet à l’abbé d’accéder au jardin de plain-pied par un escalier à vis.

Aujourd’hui, l’hôtel des abbés de Cluny est à la fois proche et éloigné de ce qu’il était au Moyen Âge. Ses façades, ses toitures ont bénéficié au XIXe siècle d’une restauration de qualité, menée scrupuleusement par l’architecte des monuments historiques Albert Lenoir, en respectant les dispositions d’origine. En revanche, le tissu urbain dans lequel il était engoncé a disparu. Les travaux d’urbanisme du baron Haussmann ont ainsi significativement modifié la perception de cette "pépite" de l’architecture médiévale civile selon les mots de Prosper Mérimée.

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