Une façade de l'hôtel médiéval côté cour. © Alexis Paoli / OPPIC
Le musée au fil du temps
Carte postale - Vue extérieure du Musée de Cluny
Le musée de Cluny dans les années 1900
Dans les années 1900, Edmond Haraucourt (directeur du musée de Cluny de 1903 à 1925) publie les deux premiers tomes de son "Catalogue général du Musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny". Son ambition est de dresser un état des lieux complet des collections. Les tomes suivants ne seront jamais publiés. Mais, même dans une forme inachevée, son ouvrage nous permet de mieux comprendre l’organisation des collections à cette période. Des cartes postales, éditées entre 1904 et 1906, viennent également illustrer la muséographie du musée à cette période.
La galerie des armes au musée de Cluny, Cl. 23882 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
Un cabinet de curiosités "à l’ancienne"
À l’aube du XXe siècle, le Musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny a encore des allures de cabinet de curiosités. Les collections sont mises en valeur pour leur beauté esthétique propre plus que pour leur intérêt historique. La présentation s’adresse à un public de connaisseurs mais reste peu accessible au grand public. Les cartels n’apportent que peu d’éléments de compréhension et sont réduits à la dénomination de l’œuvre et à une datation approximative.
L’espace disponible est exploité au maximum pour présenter les œuvres. Dans la salle des retables, on devine à peine le mur tant il y a de pièces réparties sur plusieurs rangées. Les piliers de la salle des bois sculptés sont exploités pour présenter les statues comme si celles-ci étaient solidaires de la structure. Ces choix témoignent d’une conception décorative des œuvres.
Les collections du musée couvrent alors une période allant du Ier au XVIIe siècle. Mais une approche analogique a été préférée à un parcours chronologique. Les œuvres sont regroupées par types : salles dédiées à une technique, un matériau ou un type d’objet. Ainsi, dans le "frigidarium" où sont exposées les sculptures en pierre du Ier au XIVe siècle, les œuvres sont rangées par catégories : d’un côté les chapiteaux, d’un autre les éléments plats (dalles funéraires, tombeau, retables, etc.), au centre de la salle : les vestiges antiques massifs.
Chambre de François Ier, Cl. 23187 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
Remettre les objets en contexte
Pour reconstituer l’atmosphère d’une époque, certaines salles sont pensées comme des pièces d’époque, ou "period rooms". À partir des objets disponibles dans les collections, elles restituent le décor et l’organisation d’une pièce à une époque donnée. Au musée de Cluny, la "chambre de François Ier" est l’une des salles les plus appréciées par les visiteurs. Consacrée à la Renaissance, elle est meublée comme une chambre du début du XVIe siècle.
Il s’agit là de redonner leur sens aux objets exposés, en les remettant dans leur contexte, quitte à verser dans une forme de théâtralisation. Comme au milieu d’une nef, une grande châsse allemande est ainsi entourée de quatre porte-cierges au centre de la salle des bois sculptés. La mise en scène vient ici rappeler l’usage de ces anciens objets liturgiques. Même tirées de leur contexte, la fonction de ces pièces muséales est rappelée.
De même, certaines œuvres sont parfois utilisées comme supports à d’autres. C’est une base de pupitre qui permet de présenter les pleurants du tombeau de Jean-Sans-Peur dans la salle des bois sculptés. Cette muséographie contribue cependant à renforcer la confusion entre les époques et peut parfois trahir le sens des œuvres.
Salle 1, Frigidarium © Alexis Paoli / OPPIC
Le musée dans la 2e partie du XXe siècle
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le musée est fermé et les collections évacuées pour être préservées des combats. Une partie des œuvres, dont les tapisseries de la Dame à la licorne, est ainsi provisoirement conservée au château de Chambord.
Le modèle du "Livre des métiers"
Dans les années qui suivent la fin de la guerre, Pierre Verlet et Francis Salet sont chargés de réinstaller les collections dans le musée. Ils prennent le parti de recentrer le propos sur le Moyen Âge. Les œuvres plus récentes sont pour certaines placées en dépôt dans d’autres établissements, notamment le musée national de la céramique, à Sèvres ou le musée de la chaussure de Romans-sur-Isère.
Tandis que les œuvres antiques sont présentées dans le "frigidarium" des thermes, les objets médiévaux sont exposés selon un fil typologique (par type de média et de matériaux), inspiré par le "Livre des métiers" d’Étienne Boileau, écrit à la fin du règne de saint Louis.
Quelques salles thématiques sont également créées comme celle dédiée à Alexandre Du Sommerard. Rassemblant des pièces de toutes les époques, elle suggère l’esprit d’accumulation qui régnait dans la collection du fondateur du musée.
Têtes de rois de Juda dans la salle Notre-Dame © musée de Cluny - musée national du Moyen Âge
Vers un musée du Moyen Âge
En 1977, le musée national de la Renaissance est créé et installé au château d'Écouen. Plus de 5 000 objets témoignant de cette période quittent les collections du musée de Cluny et sont transférées à Écouen.
La même année, des fragments sculptés sont découverts dans les fondations d’un hôtel particulier, rue de la Chaussée d’Antin. L’hôtel Moreau est le siège de la Banque française du commerce extérieur. Des fouilles archéologiques menées pendant un an révèlent la présence de plusieurs centaines d’éléments sculptés et il est rapidement établi qu’ils proviennent de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Parmi ces éléments, 21 têtes monumentales de la galerie des rois de Juda, située sur la façade occidentale de la cathédrale, sont identifiées.
Ces têtes sculptées, ainsi que 300 autres fragments, rejoignent les collections du musée de Cluny. Alain Erlande-Brandenburg, directeur du musée, fait aménager une salle, jusque là utilisée comme réserve, pour accueillir ces œuvres exceptionnelles.
À partir de 1981, le parcours du musée est largement révisé. Au rez-de-chaussée, une salle des vitraux est créée pour rassembler des pièces des XIIe et XIIIe siècles. Au-dessus de la salle Notre-Dame, une pièce coffre-fort rassemble les œuvres d’orfèvrerie les plus précieuses.