Figures de fondateurs

Au XIXe siècle, le destin du musée de Cluny s’écrit sous l’impulsion double de conservateurs et d’architectes. Personnalités fortes, ils participent de l’éveil d’une conscience patrimoniale qui cherche à préserver les témoignages matériels du passé pour mieux écrire une histoire collective. Ils marquent également durablement le musée et le site de leur empreinte.

Portrait d'Alexandre du Sommerard, Cl. 23754 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

Alexandre Du Sommerard, l’initiateur

L’histoire de l’hôtel de Cluny et la fondation du musée au XIXe siècle sont intimement liées à la famille Du Sommerard et en premier lieu à celle d’Alexandre. 

Conseiller-maître à la Cour des comptes, Alexandre Du Sommerard (1779-1842) est un grand collectionneur. Dès les années 1820, il réunit une vaste collection consacrée aux arts du Moyen Âge. Il compte ainsi parmi ceux qui, dans la première moitié du XIXe siècle, suscitent un nouvel intérêt pour la période médiévale. Il sera d’ailleurs membre du Comité historique des arts et des monuments dès sa création et membre fondateur de la Société de l’Histoire de France.

En 1832, Alexandre Du Sommerard s’installe dans un appartement dans l’hôtel médiéval pour y présenter sa collection. Après sa mort, l’hôtel de Cluny et sa collection sont achetées par l’État. Les près de 1 500 objets de sa collection constituent le noyau autour duquel le musée de Cluny va désormais s’enrichir.  

Médaillon-portrait d'Albert Lenoir, Cl. 23800 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

Albert Lenoir, architecte et restaurateur 

Durant la même décennie 1830, l'architecte Albert Lenoir (1801-1891) propose d’installer dans le palais des thermes et dans l’hôtel de Cluny un "musée d’antiquités nationales" ou "musée d'art français". 

Son projet se veut l’héritier du musée des Monuments français. Créé sous la Révolution et dirigé par son père, Alexandre Lenoir, le musée des Monuments français a disparu en 1816. Albert Lenoir propose de présenter, dans un ordre chronologique, des collections qui mettent en évidence la continuité de l’évolution de l’art au fil des siècles. 

Si son projet est plus ambitieux que le musée qui voit le jour en 1844, il fait germer l’idée de la création du musée de Cluny. Clin d’œil de l’Histoire, plusieurs œuvres passées par le musée des Monuments français seront bientôt intégrées dans les collections du musée de Cluny comme l’Adam provenant de la cathédrale Notre-Dame de Paris. 

Dès 1838, il est chargé de la restauration des thermes gallo-romain, puis de celle de l’hôtel de Cluny à partir de 1843. Albert Lenoir dégage les bâtiments antiques des ajouts postérieurs et mène une restauration approfondie de la demeure médiévale, contribuant même aux installations muséographiques. Sous le Second Empire, les projets d’urbanisme de Napoléon III s’accompagnent de la création, au nord des bâtiments, d’un grand jardin public de sculptures. Albert Lenoir parvient cependant à conserver le périmètre de l’ancien jardin de l’hôtel des abbés.

Buste d'Edmond du Sommerard, Cl. 23735 © GrandPalaisRmn / Franck Raux

Edmond Du Sommerard, le premier conservateur

Fils d’Alexandre, Edmond Du Sommerard (1817–1885) est le premier conservateur du musée de Cluny. Âgé d’une vingtaine d’années à la mort de son père, il assume son héritage tout en enrichissant d’une patte personnelle les collections. Nommé par arrêté conservateur à vie du musée de Cluny, il garde cette situation jusqu’à sa mort, malgré les changements de régime politique. 

Pendant 40 ans, il enrichit considérablement les collections du musée en orientant les acquisitions vers les arts décoratifs. Il s’intéresse en particulier à l’orfèvrerie. En 1854, il acquiert ainsi le Devant d’autel et la Rose d’or provenant du trésor de la cathédrale de Bâle. C’est également sous sa direction que le musée s’enrichit de son chef d’œuvre : les tapisseries de la Dame à la licorne. Pour présenter ces collections, il confie à l’architecte Paul Boeswillwald la création d’une extension et des aménagements intérieurs. 

À sa mort en 1885, le musée compte 11 000 objets. Ses successeurs, Alfred Darcel (1818-1893) et Edmond Saglio (1828-1911), s’attacheront à renforcer la dominante arts décoratifs des collections.