Le trésor de Colmar comprend plus de 300 monnaies et une cinquantaine de pièces d’orfèvrerie, surtout des bijoux et éléments de parure (bagues, fermaux, ceinture, ornements du costume). Ces objets datent du XIIIe siècle et surtout de la première moitié du XIVe siècle. Le musée de Cluny conserve une grande partie du trésor de Colmar, achetée en 1923.
En 1863, lors de travaux dans une maison de l’ancien quartier juif de Colmar, ce trésor a été découvert caché dans un mur. Il aurait appartenu à une famille juive vivant à Colmar au XIVe siècle. Rendus responsables de l’épidémie de Peste Noire qui ravage l’Europe entre 1347 et 1352, les juifs font l’objet de plusieurs vagues de persécutions. Peut-être cette famille a-t-elle dû quitter précipitamment sa maison lors d’un de ces épisodes et n’a-t-elle jamais eu l’occasion de récupérer ses biens. Deux objets en particulier permettent de rattacher le trésor à la communauté juive : la bague de mariage et la clé-bijou.
L’un des objets les plus précieux de ce trésor est la bague de mariage. Lors de la cérémonie du mariage juif, l’époux offre à l’épouse une bague, généralement en or. Cette dernière n’est portée que le jour du mariage. Moment clé du rituel nuptial, le don de la bague scelle le lien matrimonial. Les exemplaires médiévaux sont ornés d'un petit édifice. Celui-ci symbolise à la fois la nouvelle maison du couple et le Temple de Jérusalem détruit. L’édifice de la bague de Colmar est de forme hexagonale. Il est formé d'arcatures en filigranes et d'un toit pyramidal enrichi d’émail. Une inscription en hébreu est visible sur le toit. On peut y lire "mazel tov", ce qui signifie "bon augure" ou "bonne chance". Ces mots étaient inscrits, selon la coutume, sur les bagues de mariage juives. Ils devaient porter chance au couple. La bague de Colmar est l’une des plus anciennes conservées. Elle a sans doute été créée vers 1300 en Italie.
Le musée de Cluny conserve également une clef-bijou. Celle-ci était portée par les femmes qui se rendaient à la synagogue lors du shabbat. La loi juive leur interdit de se charger d’objets lourds, tels que des bijoux volumineux, lors de cette journée. Elles placent donc leurs biens précieux dans des coffres, dont elles conservent les clefs dans un coffret. Ce dernier est lui-même verrouillé par une petite clef que les femmes portent en pendentif (attachée à une chaîne) ou en broche (fixée sur une épingle). Faite d'or ou d'argent, elle est assimilée à un petit bijou, qu’elles avaient le droit de porter. Il subsiste peu de clefs-bijoux médiévales. La clef conservée au musée de Cluny serait le plus ancien exemplaire conservé de ce type. Elle date de la première moitié du XIVe siècle. Celle-ci est inachevée : elle est encore munie de son cône de fonte. De plus, elle présente des ébarbures, alors que ces clefs devaient être polies.
Le trésor de Colmar comprend aussi des affiques. Une affique est un petit élément de parure appliqué sur un vêtement ou un couvre-chef. Cette affique pouvait ainsi être cousue grâce à son anneau placé au revers. Elle représente un cavalier partant à la chasse, faucon au poing. Des figures de cavaliers comparables se retrouvent dans la sculpture et l’enluminure et sur des sceaux. Sur le fond de l’affique sont gravés des motifs, autrefois recouverts d’émaux translucides. On reconnait un oiseau (devant le cavalier), un chien (derrière le cheval), un lièvre (sous le cheval) et une tête surmontée d’un chapeau pointu (devant le cheval). Ce type de chapeau était porté par les juifs en pays germanique.
Une ceinture a également été retrouvée avec ces objets. La ceinture est un accessoire fréquent du costume médiéval, à la fois utilitaire et ornemental. Elle est volontiers ostentatoire, à tel point que des règlements urbains interdisent le port de ceintures trop luxueuses. L’exemplaire du trésor de Colmar se compose de nombreux éléments métalliques autrefois fixés sur un ruban de soie. De petites rosettes alternent avec des plaquettes émaillées. Ces dernières portent des inscriptions, soit en latin (AMOR = amour), soit en langue germanique (LIEB = amour, HAIL = santé). La quatrième inscription, ANCH, signifie peut-être "petite Anne" (Annchen), la destinataire probable de la ceinture. Cette dernière était sans doute un gage d’amour, peut-être un cadeau de mariage.
Parmi les bijoux du trésor de Colmar, le musée de Cluny conserve aussi des fermaux. Un fermail est un accessoire du costume féminin ou masculin. Il peut servir à fermer un vêtement (comme la fibule antique). Il peut aussi être simplement décoratif (comme la broche actuelle). L’un des exemplaires a une forme de quadrilobe. Il est richement orné de saphirs, rubis, grenats et perles. Ces "bouquets de pierres" sont fréquents sur les bijoux des XIIIe-XIVe siècles.