Un hommage à la Dame à la licorne

Pour sa collection 2026, le couturier romain Sylvio Giardina s'est inspiré des tapisseries de la Dame à la licorne. Découvrez son travail.

En 2026, le créateur italien Sylvio Giardina présentait sa collection "Mon Seul Désir", une collection hommage aux tapisseries de la Dame à la licorne et née d'une collaboration avec le musée de Cluny. 

Le titre "Mon Seul Désir" fait écho à la devise de la sixième tapisserie de la Dame à la licorne comme symbole du passage du désir à la conscience. Ici, le désir n'est pas conçu comme une émotion mais comme un processus de transformation où matière, geste et perception se rencontrent.

La matière au cœur de la création

Le projet de Sylvio Giardina s'attache à la maîtrise du tissage et à sa capacité à faire naître, du fil, la matière, la profondeur et l'illusion visuelle. la technique du tressage textile constitue ainsi le point de départ de la recherche : rendre perceptibles la légèreté et la transparence à travers des matières denses, transformer la surface en un espace tridimensionnel.

Les tapisseries sont abordées dans leur dimension plastique, presque sculpturale, donnant naissance à une réflexion sur la manipulation des étoffes de couture afin de construire le volume, la profondeur et la stratification des matières.

La construction des pièces repose sur des matières emblématiques de la couture : mikado, duchesse, tuile, crin, dentelle et velours. Associées, elles créent un dialogue entre poids, transparence et structure. Chaque pièce est enrichie d'un travail de plissage entièrement réalisé à la main, devenu l'une des signatures de la collection. 

La technique du millefleurs occupe une place centrale dans cette recherche et devient une véritable grammaire visuelle. Le motif floral dépasse sa fonction ornementale pour devenir un principe de composition, réinterprété et décliné sous de multiples formes tout au long de la collection.

Présentation de la collection à Rome en octobre 2026

Robe bleue éclairée par des spots dans un décor de pénombre.
Présentation de la collection de Sylvio Giardina dans le cloître de l'église de la Trinité-des-Monts (Rome) © Filipe Barra
Dans la pénombre, deux robes sont éclairées par des spots.
Présentation de la collection de Sylvio Giardina dans le cloître de l'église de la Trinité-des-Monts (Rome) © Filipe Barra
Robe éclairée dans la pénombre et placée sous une arche.
Présentation de la collection de Sylvio Giardina dans le cloître de l'église de la Trinité-des-Monts (Rome) © Filipe Barra
Une femme de dos découpe une forme en papier.
Présentation de la collection de Sylvio Giardina dans le cloître de l'église de la Trinité-des-Monts (Rome) © Cristina Crippa
Un homme est accroupi devant des formes en papier découpées.
Présentation de la collection de Sylvio Giardina dans le cloître de l'église de la Trinité-des-Monts (Rome) © Cristina Crippa
Des personnes découpent des reproductions de la Dame à la licorne dans une salle peinte.
Présentation de la collection de Sylvio Giardina dans le cloître de l'église de la Trinité-des-Monts (Rome) © Cristina Crippa

La curatrice Isabella Vitale revient sur le travail de Sylvio Giardina à l'occasion de la présentation de la collection dans le cloître de la Trinité-des-Monts (Rome) en octobre 2026. 

La mémoire des gestes anciens

"Il existe un savoir-faire qui appartient aux mains et un autre qui appartient à l’âme.

Le premier naît de la pratique, de l’expérience, de la patience avec laquelle on apprend à connaître la matière ; le second se manifeste dans la manière d’être avec les autres, dans la gentillesse, la discrétion, l’attention et la capacité à partager ce que l’on a appris. Lorsque ces deux dimensions se rencontrent, le faire devient art.

Travailler sur des domaines différents mais complémentaires est une particularité de Sylvio Giardina, pour qui la pratique de la couture prend les connotations et le langage des arts visuels, où des mots comme stratifications, aplats, voiles s’entrelacent avec la conscience de la matière et de l’histoire.

Chaque action de Sylvio Giardina porte en elle une mémoire. L’aiguille qui pénètre le tissu, le fil qui le traverse, le dessin qui prend lentement forme : des gestes anciens qui racontent une tradition et qui, entre ses mains, deviennent une matière vivante, capable de traverser le temps, de se renouveler et de se transformer. C’est dans cette optique que le styliste présente à Rome sa nouvelle collection dans le complexe de la Trinité-des-Monts, associant une fois de plus la haute couture et l’art visuel contemporain.

Un dialogue entre Paris et Rome

Au XVIIe siècle, Andrea Pozzo peignait les murs du réfectoire du couvent avec les scènes des Noces de Cana, dans le but de faire participer les moines au banquet peint, non comme spectateurs, mais comme "invités". De la même manière, le styliste nous invite à participer à son projet, en imaginant le réfectoire comme son atelier, où il n’y a pas de spectateurs, mais des personnages actifs : de l’artiste à ses assistants, en passant par les personnes impliquées dans quelque chose qui est en train de se produire, sous leurs yeux et par leurs mains, et qui se transforme.

L’idée de ce nouveau projet prend son origine dans une étape précédente, organisée à Paris à l’occasion de la Semaine de la haute couture au musée de Cluny, où Giardina a présenté sa nouvelle collection, née du dialogue avec les six célèbres tapisseries conservées dans le musée parisien, faisant partie du cycle La Dame à la licorne. De manière presque théâtrale, Sylvio Giardina est entré en relation avec l’histoire et l’espace architectural du musée de Cluny. Les vêtements, fruits d’un dialogue étroit avec la trame textile et le thème décoratif des tapisseries, s’inséraient dans le musée au sein d’une scénographie immersive et perspective, conçue par lui, de manière analogue à la scénographie pensée et peinte par Andrea Pozzo pour la salle destinée au réfectoire du couvent de la Trinité-des-Monts.

Avec Pozzo, la pièce devient un autre espace et la peinture devient participative ; ainsi, grâce à Giardina, cette même pièce peinte il y a plus de trois cents ans devient l’espace intime de son atelier, dans lequel l’artiste nous invite à entrer pour partager l’épiphanie du processus créatif.

Ce deuxième chapitre donne lieu à une performance au cours de laquelle prend forme une sorte de carton préparatoire, né du collage de fragments d’images imprimées sur papier représentant les scènes de La Dame à la licorne et des Noces de Cana. Déconstruire ces images, ou plutôt fragmenter un imaginaire donné — quelque chose que nous savons déjà "être" ou "avoir été" — a pour but d’imaginer et de créer un nouveau chapitre de l’histoire du monde : une septième tapisserie.

Les fragments, découpés à la manière de tesselles, sont prélevés pour être repositionnés progressivement sur le sol et tenus par des cuillères qui nous invitent à nous servir, à consommer ensemble, non pour finir, mais pour commencer une nouvelle expérience. La cuillère, présence quotidienne et familière dans un réfectoire, introduit un geste simple de soin, d’accueil et de partage : c’est l’objet qui recueille, qui offre, évoquant le "nourrir", matériel et spirituel. Dans le contexte de la performance, elle devient ainsi un petit signe du banquet, une invitation silencieuse à participer.

Le vrai savoir-faire est alors une forme de soin du geste, de la matière, de la tradition, mais aussi des personnes. C’est la manière douce d’enseigner sans imposer, de montrer sans étaler, de partager un savoir en laissant à l’autre l’espace pour se l’approprier.

La collection dans les salles du musée de Cluny

Robe du soir bleue avec, en arrière-plan, des tapisseries.
Robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania
Détail d'une robe noire posée sur un mannequin. Robe brodée en transparente avec un voile noir.
Détail d'une robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania
Vue d'une salle du musée avec, à l'arrière-plan, une robe blanche posée sur un mannequin
Robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania
Robe crème posée sur un mannequin dans une salle du musée
Robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania
Détail d'une veste blanche avec tressage textile noir. Vue du col et d'une épaule.
Détail d'une robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania
Détail d'une robe bustier brodée crème et rose
Détail d'une robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania
Vue en buste d'une robe rouge placée sur un mannequin dans un décor de sculptures
Robe de la collection "Mon Seul Désir" de Sylvio Giardina (2026) © Alineri Tania

Laisser le geste ouvert

L’ensemble du dispositif est un processus en devenir, dans lequel l’œuvre n’est pas donnée une fois pour toutes, mais prend forme à travers une succession de gestes, de déplacements, de superpositions et de relations. L’atelier devient une scène et l’acte créatif devient lui-même la matière de l’œuvre. Les vêtements, les fragments, les outils, les objets et les personnes contribuent à la construction d’une image qui se compose au moment où elle s’accomplit et qui est déjà destinée à se modifier.

En ce sens, l’intervention de Giardina semble prendre les caractéristiques des sculptures éphémères du XVIIe siècle, de ces constructions temporaires capables de transformer l’espace pour produire de l’émerveillement et impliquer le spectateur, dans la conscience que cette vision n’aurait existé que pour un temps limité. Ici aussi, la pièce, la lumière, les corps, les vêtements, les fragments, les objets et les gestes créent une scénographie "merveilleuse" qui, contrairement à celle de l’époque baroque, n’est pas faite pour être simplement contemplée, mais pour être traversée et vécue. L’espace semble s’ouvrir sur une autre dimension ; mais alors que, à l’époque baroque, l’émerveillement menait le spectateur vers une réalité déjà imaginée, Giardina nous conduit à l’intérieur même du processus de création de l’image. L’œuvre n’est plus seulement devant nous : elle est autour de nous, et pour un moment, nous en devenons aussi une partie. La représentation, donc, ne se limite pas à raconter quelque chose : elle advient.

Le caractère éphémère n’est donc pas une perte, mais fait partie intégrante de l’œuvre : ce qui compte n’est pas seulement ce qui reste, mais ce qui s’est produit, ce qui a été partagé et ce qui, à travers cette expérience, pourra continuer ailleurs.

Un son cadencé et fortuit accompagne la performance, avec le murmure des voix et le froissement du papier, suggérant un silence dédié à l’écoute. C’est le son d’une construction encore en cours, de quelque chose qui n’est pas terminé et qui, précisément pour cette raison, reste ouvert à de nouvelles possibilités.

Peut-être est-ce là que réside le sens le plus profond du savoir-faire de Giardina : non pas dans la perfection d’un geste accompli, mais dans la capacité à laisser le geste ouvert, à transmettre une forme pour qu’elle puisse être accueillie, traversée et à nouveau transformée. La tradition n’apparaît ainsi pas comme quelque chose à conserver intact, mais comme une matière vivante, faite de mains, de rencontres et de mémoire. Un savoir qui passe d’un corps à l’autre, d’une image à l’autre, d’un temps à l’autre, et qui, dans ce passage, change sans perdre ce qui le rend reconnaissable.

Le projet de Sylvio Giardina réunit passé et présent, geste et vision, soin et invention, comme un fil qui traverse le tissu. Et lorsque la scène se vide, lorsque le bruit s’atténue et que les "fragments" restent suspendus dans la mémoire, ce qui subsiste n’est pas une œuvre achevée, mais la possibilité d’un nouveau commencement : une septième tapisserie encore à tisser, ensemble."

Crédits

With thanks to Trinità dei Monti and musée de Cluny 

Curated by Isabella Vitale @isabellavitale_contemporary

Executive Producer Raffaele Granato @raffaelgranato

Press & Communications — TL Paris 
PR and Partnerships Isabelle Sciamma

Art Direction & Sound direction Tania Alineri 
Music Composer & Sound Designer Michele Baldi 

Cristina Crippa Photographer 
Trinità dei Monti Refectory - Photographic Prints Filipe Barra 
Photographer assistant Ines Costa 

Mazzini Eventi Production

Featuring five students from ACM : 
Alice Mecco
Anna Renzi
Anita Tanturli
Claudia Zuccaroli
Marta Naldoni

Hospitality Partner Casa Naman