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Antiquité et Moyen Âge

En Europe, l’Antiquité désigne une période dont les dates sont différentes suivant les régions géographiques mais dont les limites chronologiques se situent entre l’apparition de l’écriture, marquant la fin de la Préhistoire, et le Moyen Âge. La longue période des civilisations de l’écriture autour du bassin méditerranéen vit ainsi le jour au IVe millénaire avant notre ère en Mésopotamie et en Egypte, tandis que dans les régions septentrionales de l’Europe la Préhistoire occupa encore le début du premier millénaire de notre ère… C’est donc bien une forme d’eurocentrisme occidental qui nous pousse le plus souvent à entendre par Antiquité le moment de l’épanouissement d’une culture gréco-romaine émergeant au début du premier millénaire avant notre ère et dont le terme est placé par convention en septembre 476, moment de la déposition du dernier empereur romain d’Occident. En Orient, l’histoire de l’Empire romain se prolongea sous le nom d’Empire byzantin durant près de mille ans, jusqu’en 1453, date de la prise de Constantinople par les Turcs. 

Une Gaule romaine

En Gaule, le passage du monde celte à un monde romanisé est placé au moment de la conquête de Jules César (58-51 avant notre ère). Vaincu par l’armée romaine en 52 avant notre ère, le peuple des Parisii substitua à l’oppidum détruit une ville au plan gréco-romain, installée pour sa composante institutionnelle sur la rive gauche de la Seine, autour de l’actuelle montagne Sainte-Geneviève. Aujourd’hui peu de vestiges de cette ville antique sont encore en élévation dans le paysage. On connaît néanmoins les arènes (secteur de la rue Monge) et les bains antiques du musée de Cluny, tous deux probablement construits à partir de la fin du Ier siècle de notre ère. C’est le moment du déploiement urbanistique de Lutèce, alors vouée à une activité commerciale d’autant plus prospère que la Pax Romana permettait de moins se préoccuper de questions militaire. Les thermes du nord de Lutèce constituaient, avec d'autres grands monuments, la marque de Rome sur la cité. Aujourd'hui encore, lorsque le visiteur pénètre dans la salle froide qui a conservé sa voûte antique originale culminant à presque 15 mètres, il ne peut être que saisi par la dimension grandiose conférée par les architectes gallo-romains à un dispositif de bain public.

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C'est dans le cadre prestigieux de ce frigidarium qu'est exposée une des plus célèbres sculptures du monde gallo-romain, le Pilier des Nautes. Ces fragments  furent découverts dans l'île de la Cité lors de travaux dans la cathédrale Notre-Dame, non loin de l'église Saint-Landry sous laquelle furent mis au jour d'autres bas-reliefs, également exposés dans le frigidarium (Pilier de Saint-Landry). Il est probable qu'ils ont été remployés dans les remparts défensifs de Lutèce érigés à partir du IIIe siècle, lorsque l'Empire commençait à subir les assauts des peuples extérieurs, considérés comme « barbares » par les Romains.

Les artistes de cour, entre Rome et Constantinople

Mais loin d’être seulement un moment de trouble politique, l’Antiquité tardive fut un temps de grande richesse, mélange d’influences sur le plan religieux, philosophique et artistique. Le règne de Constantin Ier (307-337) inaugura ainsi une période qui, tout en épousant les profondes mutations consécutives à son règne, se caractérisa par une forme de fidélité à ses origines gréco-romaines.

La sculpture sur ivoire de la fin du IVe au début du VIe siècles, nous offre de précieux témoignages d'un art profondément renouvelé et puisant néanmoins ses sources dans le monde grec et celui du haut Empire romain. Cet art de l'ivoire se développa tant à Rome qu'à Constantinople, seconde Rome fondée le 11 mai 330, sur les rives du Bosphore, à l'emplacement même du port grec archaïque de Byzantion.

Quelques exemplaires majeurs des ivoires antiques, œuvres destinées à l'élite romaine, sont parvenus jusqu'à nous grâce à leur conservation dans les trésors d'églises occidentales. Le musée de Cluny conserve ainsi une plaque en ivoire sculptée à Rome vers 400 (feuillet du diptyque des Nicomaque et des Symmaque). 

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Alors qu'au Ve siècle, les artistes de l'ivoire pouvaient se déplacer avec l'élite entre les deux pôles de pouvoir que constituaient Rome et Constantinople, au VIe siècle, les ateliers étaient actifs dans la cour du palais impérial de Constantinople ainsi que dans les grands centres urbains de l'Empire byzantin. Les artistes de ce début du Moyen Âge grec allièrent répertoires païens et iconographies chrétiennes comme en témoignent la figure d'applique représentant Ariane et la plaque d'ivoire au Christ imberbe dite « ivoire de Trébizonde », un trésor national récemment acquis par le musée (Cl. 23895). Cette dernière représente le Christ trônant selon un modèle de représentation qui constitue une reprise de l'iconographie du consul romain assistant aux jeux du cirque depuis une tribune, telle qu'on la voit sur le feuillet de diptyque d'Areobindus.

Constantinople et les centres artistiques de son Empire jouèrent donc un rôle de conservatoire du monde antique, comme en témoignent les scènes de combats d'un coffret en ivoire byzantin à figurations mythologiques et scènes de combat (Cl. 13075) qui démontrent la permanence des images antiques à la fin du premier millénaire à Constantinople.

Toujours dans le monde byzantin, en Egypte, la collection de tissus coptes du musée de Cluny offre également un exemple de la manière dont, au début du Moyen Âge, les peuples christianisés ont fusionné les croyances païennes et les textes chrétiens. Ainsi le motif de Jason et Médée autour du serpent tapissé sur une tunique copte (tissus coptes) pouvait-il être lu comme l'allégorie antique du mythe d'Adam et Eve.

La mémoire de l'Antique en Occident

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En Europe occidentale, la transmission des pratiques artistiques antiques fut pour large part redevable de ce rôle des ateliers byzantins. Au contact de cet héritage antique oriental, la virtuosité des artisans de peuples non romanisés venus de l'Est, s’est particulièrement exprimée dans le domaine des arts du métal qui ont occupé une place privilégiée dans les échanges artistiques entre les peuples au début du Moyen Âge.

Il est ainsi probable que dès leur arrivée dans la péninsule ibérique au milieu du Ve siècle, les Wisigoths étaient accompagnés d'orfèvres originaires des régions des pourtours de la mer Noire, en lien direct avec les grands centres antiques. L’orfèvrerie wisigothique est illustrée au musée de Cluny par des œuvres de prestige, telles les fibules en forme d'aigles de Castelsagrat et les couronnes en or de Guarrazar.

Les sculpteurs occidentaux du début du Moyen Âge ont pu trouver des sources d'inspirations formelles importantes en observant les œuvres encore présentes dans leur univers, parfois remployées comme les chapiteaux antiques intégrés dans les églises (chapiteaux de Saint-Denis Cl. 12114 à 12117). L'art de l'ivoire en Occident à partir du VIe siècle atteste également l'absence de rupture totale entre les époques.

Donnant sens à l'expression de renaissance carolingienne, un apôtre en ivoire du IXe siècle (Plaque de reliure Cl. 393) répond à deux apôtres romains du Ve siècle (plaques de plomb Cl. 23252). Les artistes des abbayes et palais carolingiens ont en effet puisé nombre de leurs canons artistiques dans les images antiques portées à leurs connaissances, telles les feuilles d'acanthe des bordures des plaques en ivoire qui reprennent le motif des chapiteaux corinthiens.

Autour de l'an mil : retour à Constantinople

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A la fin du Ier millénaire, les contacts étroits avec Constantinople sont autant politiques qu' artistiques. En 962, la création d'un nouvel empire en Occident, le Saint Empire romain germanique, est incarnée par le couronnement à Rome d'Otton Ier. Dix ans plus tard, son fils Otton II forme alliance avec l'Empire byzantin par son mariage avec Theophano. Les noces furent célébrées par le pape le 14 avril 972, en même temps que leur couronnement. L'événement est commémoré sur la plaque en ivoire d'Otton II et Theophano. Ainsi le monde occidental de l'an mil était-il au contact de la cour byzantine, ce qui a contribué à renouveler une certaine forme de redécouverte du monde antique.

Le devant d'autel en or de Bâle compte parmi les œuvres les plus insignes qui montrent la manière dont, au début du XIe siècle, les artistes étaient nourris des influences carolingienne et byzantine. A la fin du même siècle, en 1096, l'entrée dans Constantinople de Godefroy de Bouillon à la tête de la première croisade, inaugura une nouvelle forme de contact avec l'Orient, ouvrant notamment la voie à une arrivée massive d'œuvres vers l'Occident, parmi lesquelles des œuvres antiques...

Sur l'ensemble du millénaire qui le concerne, l'art médiéval n'a donc jamais rompu le fil avec ses origines antiques comme en témoignent de nombreuses œuvres du parcours du visiteur au musée de Cluny. Dans la majestueuse salle des sculptures de la cathédrale Notre-Dame l'Adam y rappelle ainsi que, grâce aux antiques des trésors d'églises, les canons des grands sculpteurs grecs ne furent jamais oubliés.

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